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Au-delà des radios et de l’islamophobie

Les radios de Québec sont partout depuis lundi. On tente de les expliquer et de les analyser, mais surtout, on les pointe du doigt, on leur fait un procès.

Je précise quand même ici que l’expression «radios de Québec» cible les radios privées, plus encore, les radios privées parlées. Les stations indépendantes comme CKIA, CKRL et CHYZ ne rentrent pas là-dedans, comme la radio de Radio-Canada et les postes musicaux. Néanmoins, ces radios tirent la majorité des parts de marchés – d’ailleurs, elles se targuent toutes d’être #1.

Pour illustrer à quel point ce marché est féroce à Québec, même Énergie fait dans ce style maintenant, avec Stéphan Dupont et Jérôme Landry, et avec le passage de Jeff Fillion. Ailleurs au Québec, ce réseau n’a pas l’habitude d’aller dans ce champ, préférant l’humour et le divertissement.

Le terme «radio-poubelle» est revenu en force, après s’être fait tranquille ces dernières années. Seuls quelques militants continuaient à l’utiliser. Ces radios soutiennent avoir changé et ne plus faire dans les attaques personnelles, par exemple, mais bien de faire de l’opinion et de brasser les idées.

Personnellement, depuis quelques années, j’utilise le terme «radio négative» ou «radio colère», parce qu’il y a toujours un fond négatif ou frustré. Les attaques ne sont peut-être plus sur des personnes précises, mais les minorités y passent, en fait, pas mal tous les groupes sociaux y passent. Homosexuels, syndiqués, femmes, pauvres, environnementalistes, riches, politiciens, étudiants, punks, personnes âgées, jeunes, obèses, gauchistes, etc. À partir du moment que tu n’es pas dans la norme, tu risques d’y passer. Après, certaines stations, ou certains animateurs, ont des dadas préférés dans le lot.

Il y ressort que très rarement du positif. On pointe du doigt, on divise, on descend, on ramasse, on suspecte, on fait des raccourcis, on lance des rumeurs, on veut tellement jouer l’avocat du diable que ça en vient absurde à bien des moments. Comme si créer un débat devait absolument passer par la confrontation, par la rengaine, par l’accusation, par la méfiance.

Ces animateurs agissent comme des intimidateurs, jouant souvent sur les suppositions, les sous-entendus et les ambiguïtés. Ils n’ont pas besoin de traiter directement le rejet de con, leur pointe sarcastique ou suspicieuse, ou leur ton, fait le travail. C’est un peu de ça que je parlais l’an dernier dans ma première chronique au VOIR magazine. Et je tiens à le dire, j’avais eu de la misère à trouver des gens prêts à les dénoncer publiquement. Tout l’inverse de cette semaine.

Il y a un fond de hargne, de colère et de méfiance vraiment lourd. Je ne sais pas comment les gens font pour écouter autant de propos négatifs comme ça. C’est nocif pour sa santé.

Ça fait des années que chaque semaine Olivier Niquet trouve avec facilité des extraits gênants dits dans une de ces radios. Ça fait des années que le site Sortons les radios poubelles recensent les propos dégradants qu’ils peuvent dire. Mais il fallait un drame pour allumer? Pour avoir honte?

Bref, cette semaine, on fait leur procès. Comme si on se réveillait, collectivement, que ce genre de discours crée un fond sombre, crée un climat lourd. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’ils ont du sang sur les mains, je dirais toutefois qu’ils sont un engrais à tout un discours de merde. Comme le chante Mononc’ Serge, «Si les fachos partagent tes posts, Pose-toi des questions

Mais au-delà des radios de Québec et des discours sans aucun doute islamophobes et racistes que certains animateurs ont tenus, il n’y a pas que ce racisme et ces animateurs. C’est trop facile de ne pointer que ça. Ce sont des évidences.

Les médias qui donnent des tribunes à des discours similaires, qui tombent dans les discours discriminatoires, que ce soit envers les femmes, les pauvres, les handicapés, les écologistes, les riches, qu’importe, eux aussi, devraient se faire un examen de conscience. Je ne comprends pas pourquoi la pluralité d’opinions permettrait de donner une tribune à une personne qui a ce genre de discours.

Le respect de l’autre n’appartient à aucune idéologie. On peut facilement être pour le libre marché sans rabaisser personne. On peut facilement être gauchiste sans cracher sur personne. On peut facilement avoir des opinions sans insulter ceux qui pensent différemment.

Élargissons le débat. Les médias ont une responsabilité lorsqu’ils donnent des tribunes à ce genre de personnes, que ce soit des chroniqueurs, des animateurs ou des invités. La neutralité et l’objectivité n’enlèvent pas l’intelligence de trier et de réfléchir. Un message haineux ou discriminatoire n’a pas sa place, sauf dans des cas particuliers journalistiques (qui, souvent, cherchent à documenter ce genre de problèmes).

Je le dis et je le répète, mais à un moment donné, la sainte neutralité devient complice d’injustices et cette objectivité ne peut servir d’excuse. Encore moins les parts de marchés.

J’ai peur qu’on s’arrête qu’à l’islamophobie et qu’aux radios de Québec. Tant qu’à ouvrir ce débat-là, allons-y jusqu’au bout.

Je suis le premier à vouloir une diversité dans les médias, je me bats pour ça, mais elle ne passe pas par le mépris. Le pire, c’est que ces personnes chialent souvent qu’au Québec on nivelle par le bas. Ironique qu’elles se donnent autant de peine pour illustrer leur propos.