Rap local : Yes Mccan, Mori$$ Regal & Yerly, Liam et 2130
Rap local

Rap local : Yes Mccan, Mori$$ Regal & Yerly, Liam et 2130

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

Yes Mccan, se fier à son feeling //

Loin du compromis, Yes Mccan en fait à sa tête sur son premier projet solo PS. Merci pour le love.

«Je suis confiant de présenter des choses qui vont pas nécessairement faire l’unanimité», relate le rappeur montréalais. «C’est très différent de mes débuts avec Dead Obies, alors qu’on cherchait à être validés et qu’on avait moins confiance en nous. Là, j’ai l’impression que je peux me fier à mon feeling.»

Paru vendredi dernier, ce premier EP est effectivement marqué par un désir de liberté artistique, mais surtout par une volonté de créer spontanément, sans établir de concepts étoffés à la Montréal $ud ou Gesamtkuntswerk, les deux albums de sa formation. «J’avais tout simplement le goût de rapper, de faire des longs verses. Je suis rentré au studio et j’ai pris les premiers beats que VNCE avait laissés sur l’ordi», explique-t-il. «C’est un truc très DIY, fait à l’arrache avec pas trop de pistes de voix, sans trop de refrain non plus (…) J’ai écrit tous les verses en dix minutes, sur le coin d’une table. Je pensais que ça allait passer dans le beurre, mais au contraire, j’ai eu plein de bons retours.»

Certaines chansons de ce mini-album donnent toutefois l’impression d’avoir été longuement travaillées. C’est notamment le cas de 514-Diamond-Taxi, chanson aux influences electronica en duo avec la chanteuse Odile Myrtil : «Ce beat-là, c’est le genre de beat que VNCE aime faire, mais ne propose jamais aux autres rappeurs. Moi, en dehors du rap, je suis un gros fan d’électro et de dance music, donc ça tombait en plein dans mes goûts. J’aime sortir du loop de rap à trois notes qui donne envie d’être agressif pour aller vers des mélodies plus aériennes et introspectives. En entendant ça, j’ai tout de suite eu l’idée d’inviter Odile, que j’avais bien aimée aux côtés de CRi et Ouri. À ma grande surprise, elle est arrivée avec un verse en français, et j’ai trouvé ça vraiment hot!»

Dans un style complètement différent, F.P.T.N. (acronyme pour Fais Pas Ton Niaiseux) ramène au goût du jour la chanson du même nom interprétée par CDX, l’un des rappeurs les plus marquants de la scène street rap montréalaise de la décennie précédente. Surprenante à plusieurs égards, la rencontre s’est déroulée de façon naturelle et sympathique grâce au producteur Ruffsound. «En tant que parrain du rap queb, c’est lui qui a arrangé le meeting», raconte-t-il. «CDX s’est présenté au studio avec son forty pis son griot, et on a chillé ensemble pendant trois heures avant d’aller rec son hook. Pour moi, c’était cool d’avoir l’occasion de collaborer aux côtés de quelqu’un qui a autant de crédibilité sur la scène rap.»

À la toute fin, Coffre-fort freestyle sonne comme un règlement de comptes. Après avoir envoyé des pointes à l’ADISQ et à Musicaction en introduction, le rappeur vise d’autres institutions. «Les haters veulent qu’on compte les mots dans la toune / Mais ils savent pas que nos fans en ont rien à foutre / Dis à la SOCAN qu’on arrive pour le coffre-fort / Dis à Renaud-Bray qu’on arrive pour le coffre-fort», scande-t-il.

Si le rappeur admet qu’il y a une certaine part d’amertume dans la chanson, il en appelle surtout à la pure tradition du battle rap, dans laquelle on multiplie les attaques verbales contre un adversaire donné. «J’ai grow up sur les verses d’Eminem, qui parlait de censure, de White America… J’aime écrire des battle verses, mais vu que j’ai pas envie de call out d’autres rappeurs, mon ennemi dans cette fiction-là, c’est l’industrie.»

Et «l’ennemi» prend différents visages tout au long du EP, notamment la société sur la percutante Double Cup : «Ok, le cash et le drogue  / C’est pas nous, faut blâmer l’époque / Toutes nos relations se terminent en doggy / Pussy, money, weed, c’est le dogme / J’boirais jamais vos mensonges à la paille / L’indice de fuck donné est à la baisse»

«Ce sont des réflexions à propos de ce que j’observe autour de moi», expose-t-il. «Le cash et la drogue, c’est l’époque qui nous rend comme ça. Ça peut paraître comme une excuse facile, mais je crois que personne n’existe en dehors de son environnement. J’aime quand y a un peu de vérité qui résonne, sans que ça tombe dans un truc moralisateur.»

Prévu pour le printemps prochain, le premier album solo de Yes Mccan restera fortement inspiré par la création brute de PS. Merci pour le love, qu’il considère comme un test. «J’ai appris plein d’affaires, mais ce que j’ai surtout aimé, c’est l’apport du monde extérieur. Ça m’a donné envie de faire un projet collaboratif à la manière de Kanye sur Pablo.  J’aime m’entourer d’artistes provenant de toutes sortes de sphères. Avec Dead Obies, on est six, mais y a pas de leader, tandis que là, ça va rester moi le chef même si je suis entouré par 30 ou 40 collaborateurs.»

Cette fois, il compte toutefois prendre un peu plus de temps pour créer ses chansons : «Je veux push out des textes plus élaborés. Je veux me donner vraiment plus de temps pour y penser, quitte à ce que ça prenne un mois pour chacun. Après ça, je compte quand même écrire mes verses en 10 minutes, car j’ai toujours aimé ce côté spontané là, presque freestyle, chez mes rappeurs préférés. Je préfère les mots simples aux formules trop littéraires.»

PS. Merci pour le love – disponible sur plusieurs plateformes

Nouveautés d’envergure //

L’attente en aura valu la peine. Près de trois ans après la convaincante entrée en matière 86, le duo montréalais Mori$$ Regal & Yerly s’offre une suite qui poursuit dans le même filon, celui des beats boom bap modernisés teintés d’ambiances soul et menés par des textes bien ficelés vantant le culte de l’automobile et la haute intoxication. À découvrir au plus vite.

À quelques semaines de leur départ en France pour une mini-tournée, les camarades d’Alaclair Ensemble expliquent leur lexique bas-canadien aux cousins dans un clip enneigé pour Fouette.

Grosse dose de hip-hop soul pour Le p’tit Chris (LPC) avec CPF sur Jolly Rancher.

Une autre bombe signée Mike Shabb.

Toujours aussi imaginatif, Jai Nitai Lotus explore divers horizons sonores sur la production Sa-Ra Baby.

Quelques semaines après nous en avoir parlé, le jeune beatmaker BNJMN.LLOYD (de LaF) montre l’étendue de son immense talent sur le mini-album Pixel.

Près d’un an après son dernier EP solo, Atamone (du collectif Tour de Manège) renoue avec ses compositions ensoleillées sur Rosemont.

Le duo franco-québécois SAINT/DENIS propose un lo-fi chaleureux sur son premier projet.

Même genre d’ambiance sur le troisième EP du Montréalais nomstks.

Après en avoir dévoilé quelques extraits, le rappeur Kirouac du collectif Vilains Bonshommes livre un sympathique premier EP.

Canevas Crew prépare la sortie de son EP avec le doux nouvel extrait Les Baleines, en collaboration avec Fouki et Le Oran.

Plus d’un an après l’habile Rekindle, le producteur montréalais Liam présente l’album Keep It Moving, qui regorge de sonorités vaporeuses.

Liam signe aussi quelques productions sur la nouvelle compilation du rappeur ST, qui contient plusieurs chansons enregistrées ici et là dans les dernières années. On peut également y entendre les beats de Rami.B, Charles Cozy et Kaytranada, entre autres.

Dostie propose un clip pour Realest Sh*t I Ever Wrote, chanson en duo avec Dice B.

Plus d’un an et demi après l’EP iniatique Purp Fiction, le groupe 2130 renoue avec sa signature cloud rap lugubre sur Char de drift.

Originaire de Saint-Jérôme, Deville85 nage dans les ambiances trap étranges et mystérieuses sur son premier projet.

Taigenz prépare la sortie de son EP Sin Miedo avec l’extrait Satisfied.

En attendant son album, Izz propose «un nouveau délire exclusif».

Les confrères Izzy-S et White-B continuent de faire du gros travail de terrain.

Prolifique, Enima se joint à son acolyte Kay Bandz sur la nouvelle mixtape Finesse Kingz, notamment disponible sur iTunes et Youtube.

L’inimitable Colo dévoile un autre extrait de P.M.S.D.S.C.

Entre trap et jazzy/soul rap, Bali Moore envoie son premier EP Realmatic.

Le jeune Salimo explore des sonorités latino-américaines sur Bandolero.

Entre dance et afrobeat, Teddy the Beer poursuit son évolution avec ingéniosité sur Masoko.

Le très prometteur producteur Da-P a récemment fait paraître deux nouvelles pièces sur sa page Soundcloud.

L’étoile locale Kaytranada est en mode estival sur PuNoni, pièce à l’esthétique lo-fi de la chanteuse Chewii avec Govales.

3 shows à voir //

Héliodrome et Beeyoudee

Partageant «l’idéal d’un âge d’or du hip-hop», le rappeur Beeyoudee et le groupe Héliodrome se rencontreront jeudi soir à Québec. Alors que le premier mise sur des textes incisifs, le deuxième carbure aux textes philosophiques sur fond de free jazz.

Sous-sol du Cercle (Québec), 25 mai (20h)

TRAP HOUSE

La relève hip-hop montréalaise sera au rendez-vous jeudi soir au Belmont, alors que se relaieront sur scène Mike Shabb, Steeve Supreme, CRVDZ, Berger La Rose, JFRXSHH, Iceyami, Maky Lavender et AceeTheKid.

Le Belmont (Montréal), 25 mai (21h)

Lancement de Stéréo

Quelques semaines après un lancement à Montréal, les rappeurs Sam Faye et D-Track présenteront les chansons de leur nouvel album Stéréo à leur public gatinois. Le groupe Clay & Friends sera également de la partie.

Le Minotaure (Gatineau), 27 mai (19h)

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