Dear Criminals : la grandeur des émotions
Musique

Dear Criminals : la grandeur des émotions

L’imprévisible et polyvalent trio Dear Criminals embrasse la noirceur avec pessimisme et romantisme sur son premier album Fatale.

Adepte du format EP depuis son éclosion en 2013, le groupe multidisciplinaire a choisi de faire le grand saut en revisitant les compositions qu’il avait créées pour la websérie Fatale-Station. De cet exercice de relecture a découlé un album qui dépasse la signature électro-folk habituel de la formation pour s’inscrire dans un cadre de musique expérimentale plus libre, mais somme toute moins décousue que celui qui prévalait sur Nelly, son septième et plus récent EP.

Pourtant, rien ne laissait croire au trio qu’il en arriverait à ce genre d’exercice l’hiver dernier, alors qu’il mettait la touche finale à la musique de cette websérie écrite par Stéphane Bourguignon. «On avait tellement travaillé… On était vraiment saturés», admet Frannie Holder.

C’est lorsque Vincent Legault a découpé quelques extraits de la trame sonore pour les bienfaits d’une conférence de presse que le regard de la chanteuse a changé sur cette œuvre massive, «l’équivalent de huit heures de musique». «En écoutant ça, je me suis senti autant inspirée que lorsque j’ai entendu Third de Portishead..  Je suis allée voir Vincent et j’ai essayé de le convaincre en lui disant que, cette fois, j’allais pas l’harceler pour faire de quoi de pop. (rires) Je lui ai dit qu’il pouvait faire ce qu’il voulait, même un album trashement fou avec des solos de 17 minutes. Moi, je le voyais, ce potentiel-là.»

L’hésitation aura été de courte durée pour le multi-instrumentiste. Décidés à donner une direction claire au projet, Lavoie et Holder ont alors planché au développement d’un concept «de fin du monde» mettant en vedette deux personnages qu’ils incarnent, des survivants de l’apocalypse qui hésitent entre la vie et mort.

«Tout le monde est mort, et nous, on se demande si on rejoint les autres dans la mort ou si on repart à zéro et on reconstruit le monde», explique Charles Lavoie.

«En fin de compte, on choisit de se tuer», poursuit Holder.

«Moi, je dirais le contraire!» rétorque son complice au chant.

«En fait, c’est vraiment Roméo et Juliette, cette histoire-là», renchérit la chanteuse. «Dans yet not the end, j’me tue pour tomber amoureuse du ciel, lui briser le cœur pour qu’il pleuve sur la terre en flammes et, après ça, sauver la vie au personnage de Charles.»

Spectateur de l’échange depuis quelques minutes, Vincent Legault s’impose pour faire un pertinent parallèle entre ce concept artistique et sa vision du monde. «L’album, c’est un peu un gros fuck off à ce qui se passe en ce moment On a voulu pousser le romantisme à l’extrême, en cherchant la beauté à travers quelque chose de trash. Le monde est en train de sauter, ça se tire dessus, alors allons dans la grandeur des émotions.»

Écrit, composé et enregistré chronologiquement, de la première à la huitième chanson, Fatale s’écoute comme un film, «de l’observation de la fin du monde jusqu’à la montée au paradis». Réalisé par Radwan Ghazi Moumneh (de Jerusalem in My Heart) au studio hotel2tango, l’opus bénéficie aussi du coup de baguette franc de Liam O’Neil (de Suuns) et des atmosphères lugubres d’un quatuor à cordes composé de l’alto Amina Myriam Tébini, la violoncelliste Pierre-Alain Bouvrette ainsi que les violonistes Marjolaine Lambert et Dominic Guilbault.

«C’est vraiment cette histoire de fin du monde qui nous a donné envie d’aller vers cette instrumentation-là», explique Frannie Holder. «On ne se serait pas permis autant d’expérimentations et de violons à la Hitchcock si ce n’était pas de cet exercice de style très typé. On s’est censurés dans rien… C’en est même exagéré!»

«Ça donne un mood fun/pas l’fun, auquel l’auditeur aura pas nécessairement envie de revenir chaque jour. C’est un peu comme un film de Lars Von Trier : t’apprécies la charge émotive, mais tu veux pas nécessairement le revoir tout de suite après», estime Vincent Legault.

Pour Charles Lavoie, ce premier album est surtout à prendre comme un «statement» face à une scène musicale québécoise parfois en manque d’audace. «Après quatre ans d’existence, on aurait pus finir par céder à la volonté de plaire, en nous créant des carcans, mais on a voulu se libérer de cette réalité-là.»

«De toute façon, on deviendrait plate si on faisait tout le temps la même affaire», poursuit sa collègue. «On est d’ailleurs soutenu par un bassin de fans qui a envie qu’on se teste, qu’on prenne des risques.»

En spectacle le 6 octobre au Club Soda

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