Rap local : Jay Scøtt, Aspect Mendoza, Tshizimba et King Couch
Rap local

Rap local : Jay Scøtt, Aspect Mendoza, Tshizimba et King Couch

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

Jay Scøtt, la zone grise //

Contournant avec adresse les codes du mumble rap américain, le rappeur et producteur Jay Scøtt se présente comme un cas unique sur la scène hip-hop québécoise grâce à son deuxième EP solo god.

Adepte d’Auto-Tune et de rap chantonné, le Terrebonnien recherche la zone grise, cet espace de teintes et de nuances entre le premier et deuxième degré. «Je suis un peu comme Julien Bernatchez : on sait pas si je joue un personnage ou si c’est vrai», explique-t-il, en faisant référence à cette personnalité du web québécois. «Le concept du EP que je viens de faire est peut-être pas facile à capter, mais chaque fois qu’il y a de l’Auto-Tune, c’est l’être suprême qui parle à travers mon personnage de Dieu du rap.»

Premier extrait du EP, Pcm4st3rr4c3 s’inscrit dans cette catégorie de chansons ironiques. Cinglante à plusieurs égards, la pièce contient des références irrévérencieuses à des acteurs clés de la scène rap d’ici, notamment Koriass et Jemcee, ce qui a valu à Scott quelques comparaisons avec le groupe Les Anticipateurs.

Sur Day’night, le rappeur fait le point sur ce genre de comparaisons discutables en demandant à ses auditeurs d’arrêter de comparer son style à celui de la formation rap satirique. «Vu que j’utilise l’Auto-Tune et que je fais dans la dérision, les gens prennent pas nécessairement la peine d’approfondir leur compréhension…» déplore-t-il.

Si les deux projets se ressemblent dans leur volonté d’ironiser les tendances hip-hop américaines, ils se distancient dans leur approche artistique. Au lieu de chercher à exagérer jusqu’à l’excès les traits caractéristiques de l’esthétique du trap et du mumble rap, Jay Scøtt les contourne pour mieux se les réapproprier. «N’importe qui qui écoute une chanson comme Pcm4st3rr4c3 va penser que c’est du mumble rap, mais il faut prendre la chanson dans son contexte», explique celui qui, dans la vie de tous les jours, est animateur dans un centre jeunesse de Terrebonne. «Mes chansons, c’est un peu un clin d’œil aux personnages de plus en plus bizarres du rap américain, ceux que les jeunes de mon centre écoutent, genre XXXTentacion et Lil Pump. J’essaie de les conscientiser aux paroles.»

Sans être un album thématique, god aborde le rapport de son auteur à la religion. «En raison de mon concept d’Auto-Tune, j’avais pas vraiment le choix de parler de l’aspect religieux. Ça a pas été naturel pour moi, car je suis pas baptisé et que mes parents ont jamais été croyants. En fait, quand j’étais jeune, le rapport que j’ai eu avec cet univers-là, c’était le parking de l’église, là où ça se passait quand tu voulais aller chercher des substances illicites!»

À cette époque charnière de découvertes et d’expérimentations, Jay Scøtt était toutefois loin de se douter que, 10 ans plus tard, le rap allait prendre une place aussi importante dans sa vie. «Moi, j’étais un punk à ce moment-là. Je jouais du Blink-182 dans le sous-sol avec mon groupe Crosley. J’ai commencé à faire des prods chez nous pour niaiser, et éventuellement, je me suis mis à rapper dessus parce que personne voulait le faire.»

Au tournant de la décennie 2010, Scøtt se fait découvrir sous le nom de PL3 grâce à des chansons publiées sur le site Réseau urbain. Peu après, il s’inscrit à la compétition virtuelle Rap académie sur Facebook. «Chaque deux semaines, fallait faire une chanson pis un clip sur un thème donné. Le thème du premier round, c’était ‘’crémeuse ou traditionnelle’’, et moi j’avais choisi de prendre l’angle ‘’who gives a fuck about that?’’. C’est là que j’ai commencé à développer mon style conceptuel.»

Fort de sa victoire en finale, il obtient un succès enviable avec son projet suivant : une suite de reprises au piano ou à la guitare de succès hip-hop québécois (notamment Babouine d’Alaclair Ensemble et SAPOUD des Anticipateurs) sous le nom de Elmuth Lotus. Il reprend ensuite le nom de PL3 pour l’EP Back To The Futur3, qui marque sa transition vers son nom actuel. «Pour marquer la venue de Jay Scøtt, on a organisé un show baptême à Terrebonne. Smitty Bacalley était déguisé en prêtre et me lançait de l’eau.»

Son importante rencontre avec ce prêtre d’un soir, lui aussi un rappeur originaire de Terrebonne, donnera peu après naissance à l’album collaboratif Stockholm, paru plus tôt cette année. «Sérieux, j’ai juste eu des bons commentaires pour ce projet-là. Encore une fois, c’est un projet conceptuel un peu lourd à écouter, mais ceux qui ont compris ont vraiment apprécié.»

C’est d’ailleurs avec son nouveau complice inséparable qu’il foulera les planches des Katacombes la semaine prochaine dans el cadre d’un spectacle spécial en marge de la traditionnelle marche des zombies de Montréal. «En ce moment, j’essaie de convaincre les troupes de se déguiser pour l’occasion, mais ça a pas l’air de marcher. Moi, à date, mon plan, c’est me déguiser en Kylo Ren, le méchant du nouveau Star Wars.»

Bref, ça promet.

Nuit Zombie 3! (avec Jay Scøtt et Smitty Bacalley, FouKi, ST x LIAM et LaF) – Coop Katacombes (Montréal), 27 octobre (21h)

Nouveautés d’envergure //

Aspect Mendoza poursuit son exploration des travers de l’Amérique sur ce troisième volet.

Quelques mois après la sortie de Su’a front, Baggies remet ça avec 4e Regiment sur Breaking Bag.

Le tandem Nicholas Craven/Jimmie D rapplique avec D.O.Y.

Tshizimba fait bonne figure sur ZER0, un septième projet qui témoigne d’une évolution marquée autant en termes de beats que de flow et de paroles.

La voix toujours aussi grave, Mike Shabb reste en terrains connus sur Trippin.

Les 13 Salopards offrent un clip psychédélique pour No Xanax.

Hell, What A View met en vedette un Loud au bras cassé, seul dans un immense paysage à couper le souffle. Le tout le ton à son album Une année record, prévu pour le début novembre.

Les Anticipateurs sont en vedette dans ce clip/court métrage pour le moins inspiré.

Le Montréalais Trill Deus retient l’attention avec Get Me Some.

Da Trigg entre dans les standards éprouvés du trap sur sa nouvelle mixtape.

Signé sous Make It Rain Records, Flawless Gretzky retient les services du prolifique réalisateur Kevin Shayne pour McGill, chanson produite par VNCE CARTER (de Dead Obies).

Shayne signe aussi une réalisation pour le rappeur en ascension Kay Bandz.

Originaire de Pierrefonds, TK «parle en chiffres» avec Misa.

Le controversé Enima se joint au rappeur torontois Pressa.

Le quatuor Uni-T cumule les dizaines de milliers de vues avec ce nouveau clip, qui entre dans la série de singles A.L.P. (Avant La Percée).

Ella Grave évolue dans un style de hip-hop expérimental plus ou moins facile d’approche. L’album The Grow-Up marque un retour, trois ans après son dernier EP.

Membre du collectif franco-québécois Tour de Manège, le Montréalais Atamone présente une beat tape lo-fi fort bien ficelé.

Le producteur rimouskois Potelin offre une énième série de beats, qui comprend plusieurs belles trouvailles.

Inspiré par le downtempo et le trip-hop, le Montréalais radj présente l’EP bitolomaka.

King Couch livre une sélection de chansons assez personnelles sur Long Green Rain, EP minimaliste somme toute originale sur la scène rap d’ici.

Entre ambient, hip-hop et electro, coresap envoie son deuxième EP en carrière, Loss.

3 shows à voir //

Souldia à Drummondville

En vedette dans cette même chronique la semaine dernière, l’incisif mais sympathique Souldia poursuit sa tournée en soutien à Ad Vitam Aeternam, son cinquième album solo.

Centre communautaire récréatif Saint-Jean-Baptiste (Drummondville), 21 octobre (20h30)

Qualité de Luxe

Comme c’est le cas chaque mois, le producteur et DJ Poirier s’offre le Artgang pour sa populaire soirée Qualité de Luxe. Il profitera de l’occasion pour lancer son nouvel EP Be Alright.

Artgang Plaza (Montréal), 20 octobre (22h)

Flameboys

Rap, trap et house seront au programme de cette soirée, qui mettra notamment en vedette l’une des révélations les plus intéressantes de la scène des producteurs montréalais, Tibe.

Blue Dog (Montréal), 21 octobre (22h)

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