Rap local : Izzy-S, CJ Flemings, cannonhead et Lewis Dice
Rap local

Rap local : Izzy-S, CJ Flemings, cannonhead et Lewis Dice

Chaque semaine, cette chronique vise à mettre en lumière les prochains shows et les plus récentes sorties des scènes rap et hip-hop instrumental québécoises.

Izzy-S, résilient et déterminé //

Ragaillardi après un sombre épisode qui a failli lui coûter la vie, Izzy-S frappe fort avec L.M.O.L.M. («La Mort Ou La Musique»), un troisième projet plus personnel.

D’emblée, il y a ce titre qui veut tout dire et qui témoigne du caractère d’un rappeur ambitieux. «Cette année, j’ai failli perdre la vie et j’ai perdu des proches. Deux choix se présentent maintenant devant moi… Soit que je continue dans le mauvais chemin, soit que je prends le chemin de la musique», explique au téléphone le Montréalais, qui a été atteint par balles à quatre reprises lors d’un incident en mai dernier.

En ouverture de cette mixtape, la pièce-titre est lourde de sens. «Je prends le micro ou le fusil», lance-t-il, avec son flow précis habituel. Plus loin, Brave poursuit la réflexion. «La rue m’a pris plus qu’elle ne m’a donné / Vous êtes fous si vous pensez que je vais abandonner», rappe-t-il sur  cette chanson collaborative avec MB et White-B, deux membres du collectif 5sang14.

«C’est un album encore plus personnel que ceux d’avant», estime le rappeur de 20 ans. «Après tout ce que j’ai vécu, toutes les émotions, j’ai voulu parler de moi, sans aucun filtre. Je parle de ma vie et de mon parcours.»

Originaire de Saint-Michel, Izzy-S a «grandi dans la violence et la pauvreté». «J’ai eu beaucoup de conflits quand j’étais jeune et, dans ce genre de quartier, on ne règle pas nos différends avec des mots», dit-il, sans trop s’étendre sur le sujet.

À l’âge de neuf ans, le rap est apparu dans sa vie, d’abord comme un passe-temps avec son frère, avec qui il freestylait dans sa chambre. «Après ça, vers 15-16 ans, j’ai commencé à faire des vidéos, mais c’était surtout pour niaiser, pour m’amuser», poursuit-il. «Mais, quand je suis entré en centre jeunesse pour 18 mois à la Cité des Prairies, je me suis vraiment concentré sur l’écriture. Je voyais quel genre de potentiel j’avais, quel genre de niveau j’étais capable d’atteindre. Quand je suis sorti de là à 18 ans, j’ai commencé à faire du rap sérieusement.»

Et le succès n’a pas tardé à se présenter. En juin 2014, sa vidéo Dopeboy a connu un certain engouement sur la toile, comme en témoignent ses 212 000 visionnements. Deux ans plus tard, sa collaboration avec le populaire et controversé Enima, Jugg, a confirmé le phénomène en dépassant le cap des 700 000 vues. Puis, ses mixtapes SPLR (novembre 2016) et Bando vol. 1 (mars 2017) lui ont permis accroître son public.

Plus accessible que ses prédécesseurs, L.M.O.L.M. témoigne d’une évolution artistique, flirtant avec plusieurs genres comme le dancehall (Grandi dans la rue, G.G. avec Salimo) et le cloud rap (Ma life). Le flow du rappeur se fait également plus chaleureux et mélodieux que d’habitude. «Je sais que vais pouvoir atteindre un autre public [avec cet album]. Par contre, je ne l’ai pas fait en pensant à ça. Avant même d’être un rappeur, je suis un artiste, donc je fais ce que je veux.»

Heureux de ce qu’il a accompli cette année, Izzy-S déplore toutefois le manque de visibilité médiatique à son égard. «Y’a pas beaucoup de médias qui parlent de nous… Si j’étais en France, avec le talent que j’ai, je serais rendu beaucoup plus loin. J’ai l’impression que la plateforme québécoise pour le hip-hop n’est pas assez développée.»

Si la situation s’est grandement améliorée pour le rap au sein de l’industrie musicale de la province, il est vrai que le courant street, qui bouillonne pourtant de talent, a de la difficulté à obtenir une couverture journalistique équitable, en phase avec l’impressionnante popularité qu’elle obtient sur les réseaux de diffusion en continu. Bien souvent, il faut qu’une situation déplorable se produise pour que certains médias d’envergure s’intéressent à la carrière d’un artiste issu de cette scène aux thèmes plus rudes.

C’est précisément ce qui est arrivé en mai dernier quand Izzy-S a frôlé la mort. Avec du recul, le principal intéressé se dit toutefois heureux de la tournure des choses, car beaucoup de gens l’ont connu en raison de ce triste épisode médiatisé. «Rendu là, c’est un mal pour un bien», résume-t-il, refusant de donner plus de détails sur cet évènement qu’il qualifie de «tabou». «Je répète toujours que je ne suis pas un chien battu, que je ne veux pas faire pitié. Je ne suis pas du genre à m’abattre sur mon sort.»

C’est d’ailleurs cette résilience qui est au cœur de L.M.O.L.M. «Quand je suis arrivé à l’hopital, le médecin m’a dit que j’en aurais pour des mois à travailler sur mon corps. Finalement, j’ai juste eu besoin d’un mois pour me réhabiliter. C’est le genre de choses qui transparaît dans ma musique. Tu comprends tout de suite que je suis un gars déterminé.»

L.M.O.L.M. – disponible sur Spotify et iTunes

Nouveautés d’envergure //

Révélé sur le dernier album de Lunice, CJ Flemings y va de Forever Wanted More, un habile premier album où il met de l’avant son flow polyvalent.

Porté par le succès de son album Une année record, qui accumule les présences sur les listes de fin d’année (notamment la nôtre), Loud présente un troisième clip réalisé par son confrère William Fradette, cette fois pour l’éminente Immortel.

Lost Boys, chanson tirée du plus récent album de Rymz, profite d’une mise en images prenante de Sixteen Pads.

Trois récentes découvertes de la scène rap locale, Neko, Kap Dog et Kevin Na$h, s’allient pour une chanson de qualité.

Tout juste signé sous 7ieme Ciel (Manu Militari, Alaclair Ensemble, Koriass), FouKi effectue son entrée officielle dans les ligues majeures du hip-hop québécois avec Zeya, nouveau single produit par son indissociable QuietMike.

Un nouveau clip pour l’excellent Wasiu, en soutien à son plus récent album MTLiens 2, paru il y a deux mois.

Affilié au talentueux collectif Susiety, Khaleem propose une pièce à l’énergie mordante.

Le duo cannonhead se dévoile avec Yeezy Listening, premier EP aux influences trap, R&B et house.

Encore une belle exploration cloud rap aux teintes emo trap de la part de membres du collectif XXI : les rappeurs/vocalistes Plante Carnivore (PC) et Chrysalis ainsi que le producteur Bloom.

Le beatmaker montréalais Blankanvas donne suite à son premier EP lancé en septembre dernier avec Alas, offrande lo-fi toute aussi inspirée.

Six mois après l’estimable Dice Game, le producteur Lewis Dice, originaire de Québec, lance Mission.

Lowpocus, maitre du phonk montréalais, livre une autre pièce influencée par les scènes trap originelles de Houston et de Memphis.

Un clip pour Raisonnable des Anticipateurs.

Le rappeur/chanteur G.I.R.L.S. s’allie au producteur Mbaya Bomb pour une relecture correcte du hit suprême de Kid Cudi, paru il y a près d’une décennie.

Le Gatinois Krk rassemble «un peu de restants» sur cette compilation de chansons, qui contient notamment trois collaborations avec l’ingénieux producteur Antwnn.

Après quelques années de pause, le producteur Beatahoe revient avec Super Androidahoe, EP aux influences industrielles en collaboration avec le rappeur et artiste visuel brooklynois Boxguts.

Épaulé par XL et Visionary, Beeyoudee y va d’une nouvelle pièce jazzy rap produite par Riopel.

L’inimitable Reptile Rampant publie un clip pour Bring on the Change, l’une des pièces les plus légères de son plus récent album Return of the Boogie Man, paru le 31 octobre dernier.

Très loin de l’esthétique trap ardente de BINKINENVLA, Syme dévoile un deuxième extrait de son album à venir en mars prochain :  la funky My Heart Will Go On

3 shows à voir //

Les veillées du quai de Montréal en fêtes

Rymz et Alaclair Ensemble se partageront la scène lors des célébrations du Vieux-Port entourant le Nouvel An.

Quai Jacques-Cartier (Montréal), 29 décembre (18h)

Black Taboo, Sans Pression + Pic Paquette

Rencontre inattendu entre le collectif rap grivois Black Taboo et le vétéran hip-hop québécois S.P. (de Sans Pression). Le seul et l’unique Pic Paquette (des Anticipateurs) et le nouveau trio horrorcore absurde Crass Moyenne seront également de la partie.

Foufounes électriques (Montréal), 29 décembre (20h)

L’Embusquad fête Noël

Histoire d’amorcer les fêtes avec brio, le bar trifluvien accueille des producteurs locaux de haut vol : Lowpocus, Yerly et Slumgod.

Bar L’Embuscade (Trois-Rivières), 23 décembre (22h)

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