Rap local : Sans Pression, entretenir la nostalgie
Rap local

Rap local : Sans Pression, entretenir la nostalgie

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Près de 20 ans après sa percée fracassante sur la scène rap québécoise, le rappeur S.P. (fka Sans Pression) fait plaisir à ses fans les plus nostalgiques avec un spectacle spécial et unique.

Présenté à Sainte-Thérèse dans le cadre de la deuxième édition du festival Santa Teresa, ce spectacle mettra l’accent sur les deux premiers albums classiques du rappeur montréalais originaire de Buffalo : 514-50 dans mon réseau et Répliques aux offusqués. «Le 20e anniversaire s’en vient, et les gens ont le goût d’entendre du old school. Y’a beaucoup de nostalgie là-dedans», observe-t-il.

Paru en 1999, le premier album de Sans Pression (qui, à la base, était un duo complété par Ti-Kid) a été la bougie d’allumage du mouvement hip-hop québécois et de son affirmation en joual. Dans un style beaucoup plus incisif que Dubmatique, qui régnait sur la scène rap locale depuis 1997, le duo a connu un succès retentissant malgré l’absence d’appui des radios commerciales. «Le succès nous a pris par surprise. Encore aujourd’hui, quand je joue Territoire hostile en show, c’est la folie. Je crois surtout que c’est un album qui a donné beaucoup confiance aux jeunes. À l’époque, pour moi, rapper avec l’accent québécois, c’était important. J’étais pas aussi certain de ça à mes débuts, mais quand j’ai entendu M.R.F. et KC LMNOP, j’ai compris que c’est ce que je voulais propager. Je voulais rapper comme je parle, briser des barrières.»

Marqué par le départ de Ti-Kid et l’arrivée de DJ Manspino, le deuxième album de Sans Pression, Répliques aux offusqués, a également connu un succès important à sa sortie en 2003, notamment grâce aux extraits/vidéoclips Pas le choix de foncer et Derrière mon sourire. Plus personnel, l’album a bien failli ne jamais voir le jour. «Après le premier, je voulais complètement arrêter le rap. J’avais pu envie de ça. Un soir, j’étais assis chez nous et j’ai entendu Lose Yourself d’Eminem. Je sais pas pourquoi, mais à elle seule, cette toune-là a fait changer ma façon de voir les choses. J’avais mon petit gars dans les bras pis, tout de suite, j’ai pogné mon stylo pour écrire. J’avais l’impression qu’Eminem me parlait à moi directement. J’ai fait des changements dans ma vie, et le rap est un peu devenu ma thérapie.»

Quinze ans après avoir trouvé son second souffle, S.P. reste plus réaliste que jamais face à son parcours. «Y’a eu des hauts et des bas. Ça a pas toujours été rose de mon bord, mais là, je suis bien dans ce que je fais. En ce moment, j’ai tellement de demandes de shows que mon été est bookée même si j’ai pas de nouvel album. Pour vrai, le secret, c’est seulement d’entretenir son public. J’essaie de mettre du cœur dans tout ce que je fais et, surtout, j’essaie pas de prendre le shine des jeunes. De toute façon, ça m’intéresse pas de juste bragger à propos de mes chars et de mon argent, même si c’est dans l’ère du temps. De temps en temps, je vais flirter avec ça, mais ça me suffit pas… J’ai toujours l’impression de nager dans le sens contraire du courant.»

Chose certaine, la nostalgie a la cote ces jours-ci, et il va sans dire qu’une tournée anniversaire pour célébrer 514-50 dans mon réseau, souvent nommé comme album le plus influent de l’histoire du rap québécois, serait accueillie à bras ouverts par le public. Actuellement sur la table, ce projet pourrait également regrouper Yvon Krevé et, même, Ti-Kid, que S.P. a eu le bonheur de retrouver l’an dernier alors qu’il était hospitalisé en raison d’une grave brûlure.  «Ça a vraiment fait du bien de se retrouver. Pendant 16 ans, on ne s’est pas du tout parlés, car il y avait eu des froids après le premier album. Avec le recul, ça servait absolument à rien qu’on entretienne cette rancune-là.»

En spectacle à Santa Teresa (Sainte-Thérèse), 19 mai (l’heure et l’endroit du spectacle seront annoncés samedi via l’application mobile du festival)

Nouveautés d’envergure //

Évoluant maintenant sans Yes Mccan, le quintette Dead Obies propose un aperçu de ce dont sera composé son troisième album, prévu pour l’hiver 2019.

Koriass effectue un retour en force avec Éléphant, saisissant premier extrait de son album La nuit des longs couteaux qui paraitra en septembre sous 7ieme Ciel. Le clip de la pièce profite d’une réalisation haletante signée Vincent RC.

Désirant rendre hommage au journaliste américain Tom Wolfe décédé plus tôt cette semaine, Lary Kidd lève le voile sur une chanson enregistrée il y a deux ans avec le producteur Kable Beats.

Le producteur et rappeur Le Chum propose un extrait de son prochain album Dr. Chum.

La rappeuse MCM s’affirme avec une intensité mordante sur La Niña.

Le Montréalais HMZ jouit d’un certain succès avec Chargé, clip qui approche le seuil des 10 000 visionnements en cinq jours.

Les complices Jei Bandit et jamvvis proposent un remix psychédélique d’une chanson du rappeur torontois 88GLAM.

Signé sous Cult Nation, Heartfelt montre l’étendue de son savoir-faire et de son audace sur Whispers, un deuxième EP éclaté et complexe difficile à catégoriser.

Près de quatre ans après son EP Mighty Dox, le rappeur P.Dox vise dans le mille avec Rewind, chanson plus incisive que le reste de son répertoire. La table est mise pour la sortie du EP Le  »Meilleur » en juin prochain.

Baggies propose un clip pour l’une des pièces les plus abouties de sa série de sorties mensuelles en collaboration avec 4e Régiment.

Enregistré en trois jours, cette brillante compilation instrumentale chapeautée par l’étiquette Uglypitch Records met notamment en vedette Téhu, Kool Mat et Sqreeb.

Le poète et rappeur C-Nek profite des compositions du prolifique producteur Liam sur le berceau invisible des petites reines, l’un de ses projets les plus accessibles à ce jour.

Le sous-estimé mais excellent producteur Nicholas Craven y va d’un autre sample based beat empreint de soul.

Craven rapplique avec Tour de France, pièce portée par l’intraitable Jimmie D.

Trois ans après l’incontournable Big Luxury, le duo montréalais Potatohead People revient avec un nouvel album de qualité exceptionnelle.

Jeune Xi échantillonne plusieurs grands du jazz et du hip-hop sur cette beat tape inspirée.

3 shows à voir //

JUICY WATTS 2 – EP Launch

Le duo Juicy Watts présentera son deuxième projet collaboratif dans le sous-sol de la Sala Rossa en compagnie du producteur et rappeur Maky Lavender et du chanteur Maestro Omayela.

La Sotterenea / Sala Rossa (Montréal), 19 mai (21h)

LaF et Vendou

Vainqueur des dernières Francouvertes, le sextuor LaF sera de passage à Jonquière avec le rappeur Vendou, qui prépare un nouvel EP pour le mois de juin prochain.

L’Envol (Saguenay), 19 mai (21h)

Marie-Gold / Lancement

L’aventure Bad Nylon dorénavant derrière elle, la rappeuse et productrice Marie-Gold prend son envol en solo avec Goal : Une mélodie, un premier EP abouti qu’elle lancera en bonne et due forme mercredi prochain.

Mezcal Collective (Montréal), 23 mai (19h)

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