Rap local : DO, The Outcast, créer dans la douleur
Rap local

Rap local : DO, The Outcast, créer dans la douleur

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

La dépression maintenant derrière lui, DO, The Outcast dévoile THE R.E.D ZONE, une mixtape rap expérimental dans laquelle il se confie sans détour.

 «Ce projet est beaucoup plus personnel. Mes autres projets ne témoignaient pas d’autant de vulnérabilité», remarque le rappeur montréalais qui, jusque-là, avait fait paraître un EP en collaboration avec Crevlo, Exodia, ainsi que deux EPs solos, Darkk Moon : Crymson Lotus et [UNTITLED].

Tous publiés sur sa page Soundcloud au courant des 10 derniers mois, ces trois précédentes parutions étaient en grande majorité composées de chansons écrites par DO il y a cinq ou six ans, au moment de son adolescence. «J’ai 21 ans maintenant, et THE R.E.D ZONE  ne contient que de nouvelles chansons que je trouve personnellement beaucoup plus cohérentes et complexes. C’est une réplique exacte de mon état émotionnel et psychologique des deux dernières années, ce qui donne un résultat plus brut et honnête que tout ce que j’ai pu faire jusqu’ici.»

Que ce soit sur The Book of David et Karma, deux chansons écrites en l’honneur d’amis proches qui sont décédés, ou bien sur I Duckman et God Don’t Like Me, deux pièces qui abordent sa relation sinueuse avec une fille ayant en vain tenté de l’aider à vaincre sa dépression, DO, The Outcast s’ouvre sur sa vie personnelle avec lucidité. «Entre 2017 et maintenant, j’ai perdu sept bons amis en raison de la violence de la rue. Je ne suis pas du genre à me faire des amis facilement, et voir des gens que j’aimais tomber comme des mouches, ça m’a beaucoup affecté», confie-t-il. «Je ne pouvais pas dormir ou manger correctement pendant un certain temps, mais au bout d’un moment, j’ai pu convertir toutes ces douleurs en chansons. Je ne pense pas avoir écrit autant dans ma vie auparavant. La musique a toujours été et sera toujours un moyen thérapeutique pour gérer mes problèmes de vie. Comme la plupart des gens de mon âge, j’étais réticent à demander de l’aide professionnelle, mais à un moment donné, je n’avais pas le choix et j’ai été forcé d’y aller.»

En raison de ce processus thérapeutique, THE R.E.D ZONE s’avère donc moins sombre qu’il aurait pu l’être. «Au début, la mixtape allait être strictement centrée sur cette période difficile de ma vie, mais au fur et à mesure que j’évoluais, d’autres événements ont commencé à se produire dans ma vie, ce qui a changé ma direction et ma vision créative. Je peux affirmer que ce projet est encore fortement ancré dans sa base, mais avec une vision élargie. Je voulais juste qu’il puisse rejoindre plus de monde que moi, qu’il soit significatif et pertinent pour autrui.»

Une rencontre artistique et amicale a visiblement teinté ce quatrième projet, amorcé à la fin de l’année dernière. À court d’argent à cette époque,  DO a rencontré le producteur d’origine française RZBO, qui lui a permis d’enregistrer gratuitement dans son studio maison. «Nous avons eu de la difficulté à communiquer au tout début de notre relation en raison de sa nature fermée et timide. Mais dès le moment où nous avons commencé à parler d’influences musicales, nous nous sommes vraiment rapprochés. À partir de ce moment-là, j’ai enregistré environ 85% de la mixtape chez lui. Des tonnes de nuits blanches, des chicanes stupides et des rencontres spontanées avec plusieurs amis qui passaient au studio, des beuveries à manger des céréales, à se gifler avec des pelures de banane… Finalement, c’était vraiment amusant!» s’exclame celui qui a également fait appel aux producteurs Crevlo, AP90, Mount3all, IBN TAKA, S.AKE et RND1 ainsi qu’aux rappeurs/chanteurs Maky Lavender, Uhuru et King EL pour cette mixtape.

En découle un objet musical assez audacieux et unique en son genre au Québec : un hip-hop à la fois expérimental, lo-fi et boom bap. Interpellé par le jazz, le classique et le punk rock à l’adolescence, DO, The Outcast a été initié au rap en découvrant MF Doom, puis ensuite en ouvrant ses horizons à des artistes ingénieux au parcours marqué par les influences soul, tels que Mos Def, Sun Ra, Lauryn Hill, Saul Williams, Kanye West, Madlib et Andre 3000.

THE R.E.D ZONE est donc le reflet de toutes ces inspirations. «J’ai toujours aimé la musique hip-hop avec des échantillons étranges et une instrumentation étrange. En grandissant, je n’ai jamais vraiment aimé le hip-hop ou le rap en général. Je suis Congolais, donc mes parents m’ont surtout transmis la musique traditionnelle avec laquelle ils ont grandie. Ensuite, je me suis surtout tourné vers le jazz et la musique classique, et des artistes comme John Coltrane et Ahmad Jamal ont vraiment façonné mon son dans mes premières années de production. Autrement, la plupart des sons du projet ne sont qu’une collection de bruits et d’échantillons que mes amis et moi avons stockés pendant longtemps dans nos ordinateurs. Il n’y a jamais eu de ligne directrice en matière de production. Toute règle aurait été contraignante», explique-t-il.

Avec une proposition aussi champ gauche, DO, The Outcast est bien conscient que le succès d’estime est fort probablement la seule reconnaissance qu’il pourra obtenir sur une scène rap montréalaise encore très marquée par le courant trap américain. Après tout, son nom d’artiste témoigne de sa marginalité, du fait qu’il sent à part de toutes tendances. «Je fais uniquement de la musique pour me sentir mieux. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour me sortir de ma tête», dit-il. «Plus ma musique se propage, plus je comprends que j’ai un certain niveau de responsabilité envers les personnes qui m’écoutent. Aussi étrange que ça puisse paraître, des gens sont venus me voir dans la vraie vie et sur les médias sociaux pour me dire que ma musique les avait aidés à traverser une période difficile. Je ne suis toujours pas habitué à ce genre de remarque, mais ça fait du bien d’entendre ça.»

Nouveautés d’envergure //

Maky Lavender relâche son flow décontracté sur cette production future funk de Rami B et Tony Stone de Planet Giza.

Le Montréalais Rockstar Jaypee se confie à propos d’«une relation qui a brisé [son] cœur» sur One Minute.

Le duo créole Jack & Kastro revient en force avec Sou mon polo.

S.P. renoue avec le producteur Ray Ray sur son nouveau single No Love.

Le duo NOVA x CHK.COL y va d’une chanson trap minimaliste bien ficelée.

En plus d’explorer la tendance phonk avec beaucoup d’imagination sur un nouveau single, le producteur Purple Tea dévoile Fréquences lointaines, un EP trap expérimental qui fait suite à son premier album The Purple Dream paru cet hiver.

Dopamine livre un trois titres cloud rap de qualité considérable.

Lil Lonely sort les basses saturées sur la grinçante Get That Money.

Quelques semaines après avoir fait paraître Musique de tout croche, Le Chum et Chucky en dévoilent un nouvel extrait.

Toujours aussi mélancolique, Chrysalis présente deux nouvelles chansons à la facture emo-trap.

Collaboration entre le vétéran Koopsala, le duo Ape Mob (formé de Dialekt et Paranoize) et Sabz.

Bénéficiant d’un succès grandissant depuis quelque temps, Corops y va d’un pastiche reggaeton plutôt réussi.

Loin de la facture trap mordante de sa mixtape parue l’an dernier, Flawless Gretzky se joint à Sabz sur une chanson à la facture ensoleillée assez convenue.

3 shows à voir //

Nikamotan MTL – nicw

Présenté dans le cadre du festival Présence autochtone, ce spectacle extérieur organisé par l’organisme Musique nomade propose un grand spectacle très prometteur mettant notamment en vedette le duo Violent Ground, natif de Kawawachikamach sur la Côte-Nord.

Place des Festivals (Montréal), 11 août (21h30)

Lost live show 18 ans +

Tout juste annoncé sur la programmation du festival de la rentrée OUMF, Lost poursuit son été très chargé avec un spectacle à Laval.

Taiga Resto Lounge (Laval), 11 août (22h)

Under Pressure 

Le festival d’arts urbains Under Pressure amorce sa 23e édition ce mercredi avec, comme d’habitude, une programmation axée sur le graffiti et les arts visuels. Quelques évènements musicaux seront également de la partie, notamment le showcase Planet Break (avec Dialect et DJewel entre autres) et l’after-party Bajo Presión (qui met à l’honneur la scène rap latino montréalaise avec des performances de ASMA, Oonga et Cotola).

Plusieurs endroits à Montréal, du 8 au 12 août

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