Rap local : De.Ville, bien faire les choses
Rap local

Rap local : De.Ville, bien faire les choses

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, revue non-exhaustive des nouveautés de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Phénomène unique sur la scène locale, le duo De.Ville se dévoile avec Sables, un premier EP qui tangue vers le hip-hop, l’electro-funk et le raï.

«Pour nous, Sables, c’est le concept de la perte, de l’effritement. Quand tu tiens le sable dans tes mains, il y a quelque chose de tangible, mais en même temps, dès que tu le serres un peu, tout tombe», analyse le producteur Simon Pierre, à propos de ce premier opus majoritairement chanté en arabe par son collègue Ziad Qoulaii.

D’origine marocaine, ce dernier aborde ici le concept insaisissable de la perte sous différents aspects. Alors qu’Oublie-moi évoque la fin d’une relation et, donc, la perte d’un être cher, 37 degrés aborde la quête identitaire propre à toute personne ayant changé de pays. «C’est le récit de quelqu’un qui perd sa culture et qui se sent plutôt seul dans sa nouvelle», résume Simon Pierre à propos du texte «très métaphorique» de son ami, actuellement en voyage au Maroc.

Pour appuyer cette poésie mélancolique et, surtout, cette voix à la fois puissante et vulnérable, le musicien montréalais de 27 ans a créé une trame aux tons vaporeux, davantage impulsive que longuement calculée. «C’est mon premier projet à vie, donc c’est vraiment le fruit de mes apprentissages. J’ai appris comment enregistrer mes synthés et mes guitares, comment construire des séquences de rythmes… Y’a vraiment aucune autre intention derrière ça, mais c’est sûr qu’en le réécoutant, je note beaucoup d’accords mineurs et un feeling nostalgique assez fort. À mon avis, c’est la somme de nos influences qui a provoqué ça. Ziad, c’est vraiment une encyclopédie du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, tandis que moi, j’ai un background plus funk, rap et R&B.»

Bref, l’univers musical de De.Ville est complexe, riche, foisonnant. Pas trop à l’aise avec les étiquettes, le duo n’en rejette d’emblée aucune, même s’il se dit plutôt réfractaire à celle de «musique du monde». «On préfère dire qu’on fait de la musique 100% montréalaise», clame le producteur. «Bien sûr, notre première collaboration avec Jah Maaz (rappeur du groupe rap LaF, qui a joint le duo sur le single Shaabi Sultani cet été) nous a amenés à développer un public plus hip-hop, mais pour nous, les barèmes, ça sert à rien. On a même une chanson country qui traîne quelque part!»

L’amour pour la culture arabe est toutefois au centre de l’union du duo. Chanteur aguerri, Ziad Qoulaii (26 ans) a d’abord fait sa marque au sein de groupes marocains plus traditionnels (et même rock), avant de rencontrer Simon Pierre au bar Fonzie lors d’une soirée de jam. «On a fait un peu de small talk ce soir-là et, peu après, je suis parti au Maroc pour quatre mois. C’est juste à la toute fin de mon voyage que j’ai réalisé qu’il était là-bas lui aussi. On s’est manqués de peu! Dès que je suis revenu, j’ai recommencé à faire beaucoup de musique et j’ai invité Ziad à venir chez moi pour lui faire entendre quelques instrus. On a enregistré The Love We Lost ce jour-là, avec un micro de merde dans mon salon. Plus tard, on a essayé de la réenregistrer avec un micro plus professionnel, mais on a fini par garder la première take, car le feeling était plus brut, plus naturel. C’est comme s’il chantait dans un téléphone.»

La table était mise pour la création d’un premier projet complet. Élaboré sur un an, Sables a été échafaudé avec beaucoup de minutie et de savoir-faire. «On s’est entourés des meilleures personnes possibles», dit le producteur, en nommant notamment le trompettiste Jhonatan Churampi et le mixeur Nicolas Gigou. «On voulait pas juste créer ce projet-là pour le plaisir de l’art. On voulait également qu’il soit impeccable. On est vraiment dans un mode ‘’on le fait bien ou on le fait pas du tout’’.»

Cet adage sera également celui qui prévaudra pour les futurs spectacles du duo.  «On veut pas en faire beaucoup, mais on veut mettre le paquet. On est encore en train de peaufiner notre formule live, mais il y aura assurément des projections et plusieurs musiciens avec nous.»

Nouveautés d’envergure //

Dead Obies propose un premier extrait aux teintes veloutées, Run Away, en prévision de son troisième album DEAD., prévu pour février 2019.

Le jeune producteur Charlie Shulz s’allie au Montréalais Paperboii sur la trap vaporeuse Same.

L’auteure-compositrice-interprète K8A fait équipe avec Franky Fade et Kevin Na$h sur l’harmonieuse Fly By.

Izzy-S continue de bâtir son empire avec la chanson titre de son premier album officiel, prévu pour le 30 novembre. Ruffsound et Lonik sont aux commandes de la musique.

Quelques semaines après avoir fait paraître son album Tout Ca C Haram, T.K rapplique avec une autre pièce trap efficace.

M.B. annonce la sortie de son prochain projet Silence radio avec l’accrocheuse Lové.

Propulsé par le succès de sa pièce Fanny, librement inspirée du récit de la série choc Fugueuse, le rappeur cagoulé YH refait surface avec deux collaborations.

S.P. (alias Sans Pression) y va d’un quatrième extrait pour French Amerikkka, album très attendu prévu pour le 23 novembre.

Espoir rap de la scène de Québec, Velozo se joint à Lova sur Breadlive, chanson tirée de son EP Bohèmerie paru plus tôt cet automne.

Le Gaucher collabore avec Apparition et ShaDope sur cette chanson qui questionne «les rôles de l’argent dans les relations contemporaines».

Marie-Gold dévoile un clip pour la douce À l’avenir, en soutien à son digne premier EP Goal : Une mélodie.

En vedette dans cette chronique la semaine dernière, DeusGod propose un clip lo-fi pour l’excellente et minimaliste Tryna Juice, produite par Vincent Pryce.

Duo talentueux mais sous-estimé de notre scène locale, The Lyonz montre l’étendue de son talent sur Fall.

DO, The Outcast publie un freestyle.

Originaire de Sept-Îles, le producteur Beatahoe se joint au New-Yorkais Pruven et à Bronze Nazareth, rappeur affilié au Wu-Tang Clan.

KVNB livre un joli EP instrumental aux tonalités soul jazz lo-fi.

Le beatmaker gatinois Antwnn lance une nouvelle série de beats expérimentaux.

Entre hip-hop, pop et R&B, Matthew Chaim s’impose avec un son lisse et étoffé sur Crash, saisissant extrait de son premier EP Homemade paru cet été.

Six ans après un premier album, le quintette électro Qualité Motel (projet connexe de Valaire)  revient avec C’est pas la qualité qui compte, un opus qui regroupe plusieurs rappeurs clés de la province tels que Sarahmée, Koriass, Rednext Level, Eman, FouKi, Vendou et Lary Kidd.

Le journaliste Félix B. Desfossés livre un deuxième tome de Rap aléatoire, compilation qui regroupe plusieurs trésors de notre scène hip-hop québécoise des décennies 1980 et 1990. Cette fois, l’archéologue musical a déniché plusieurs bijoux, notamment des pièces très rares de Ralph Mashats, Lucien Francoeur, Zero Tolerance et Shades of Culture.

3 shows à voir //

Fwonte_No Wanga_3

Le rappeur montréalais d’origine haïtienne Fwonte présente les chansons du troisième EP de la série No Wanga.

Café-bar Zenob (Trois-Rivières), 10 novembre (21h30)

LaF & Wax

Fort du succès d’estime de son EP Hôtel délices, le sextuor LaF se déplace en Estrie pour un spectacle avec le Sherbrookois Louis Wax.

La P’tite Grenouille (Sherbrooke), 9 novembre (22h)

Lou Phelps avec Maky Lavender

Lou Phelps et Maky Lavender, deux des rappeurs anglo-montréalais les plus talentueux ces temps-ci, s’unissent pour un spectacle à Montréal. Ce jeudi, ils seront également réunis dans la capitale.

Le Belmont (Montréal), 9 novembre (22h)

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