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Rap local : Sadik, la fin d'un chapitre
Musique

Rap local : Sadik, la fin d’un chapitre

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Avec Monarque, le rappeur montréalais Sadik clôt un chapitre de sa vie.

Considérant son titre, doit-on aborder ce troisième album solo comme une transformation, un nouveau départ?

Peut-être, mais moi, je le vois davantage comme une boucle que je viens de boucler. Je suis là depuis 2007, et le rap est toujours quelque chose que j’aime beaucoup, mais là, y’a d’autres trucs sur lesquels j’aimerais me concentrer.

Donc tu arrêtes le rap?

Pas nécessairement, mais Monarque est mon dernier album solo. Je viens de partir mon nouveau label, Mont City Records, et j’aime beaucoup l’aspect en coulisses de cette job-là, le fait de gérer la carrière d’un artiste, de la pousser et de la développer. Y’a beaucoup de gens dans mon entourage qui font de la bonne musique et qui méritent d’être entendus, mais qui n’ont pas vraiment de moyens.

Est-ce que cette fin annoncée t’a donné plus de liberté dans la création de Monarque?

Je m’en suis permis plus, oui. Avec Réincarnation (2016), je m’étais un peu éloigné de ce que je faisais au début. J’étais sous contrat avec Explicit et, même si ce label me rejoignait dans mon style, je n’ai pas nécessairement pris la tangente artistique que j’aurais dû prendre. Étant donné qu’Explicit est très populaire en région, je faisais attention à ce que je disais. Je tentais de m’adresser à un autre auditoire et, après un certain temps, je me suis rendu compte que ça m’a un peu pénalisé. J’aurais dû garder la manière de parler plus brute et plus directe que j’avais avant. C’est à ça que je suis revenu sur Monarque.

La réalité que tu dépeins dans tes textes est effectivement crue, mais on sent aussi que tu as un certain recul par rapport à tout ça. C’était important pour toi de porter un certain message ou, du moins, quelques pistes de réflexion dans tes chansons?

C’est vraiment ma signature, oui. Y’a toujours eu une partie de rap conscient dans mes chansons, peu importe que le vibe soit street ou pas. C’est important d’avoir une morale, car je sais que mon fils et plusieurs autres jeunes écoutent ma musique. Le message est super important, même s’il est pas toujours positif. Et, en même temps, le fait d’avoir des messages me permet de me différencier des autres rappeurs qui sont plus portés sur l’instru et le flow. J’adore ce que fait la nouvelle génération, mais en ce qui me concerne, le côté lyrical est important. Même si la chanson est faite pour vibe, je vais quand même écouter ce que la personne dit.

En quelque sorte, tu es l’un des rappeurs qui fait le mieux le pont entre les générations sur la scène rap québécoises. Est-ce un peu ce que voulais prouver en collaborant autant avec des pionniers que des nouveaux venus?

Oui, vraiment. J’me considère chanceux, car y’en a plusieurs qui ont commencé en même temps que moi, mais qu’on entend moins maintenant. Je suis fier d’avoir pu traverser toutes ces époques-là. De pouvoir collaborer avec des nouveaux comme Tali B et MikeZup, ça en dit long sur mon parcours. Et je peux en dire autant de mes collaborations avec des gars comme SP ou Le Connaisseur. C’est d’ailleurs en lien avec eux que j’ai intitulé mon album Monarque, car je les considère comme des monarques du rap québécois.

On assiste à une vague de popularité sans précédent pour le street rap dernièrement. Est-ce un peu l’engouement que tu espérais à tes débuts, il y a un peu plus de 10 ans?

Oui! Il y a encore du chemin à faire, mais je trouve ça incroyable de voir Tizzo remplir un Club Soda ou 5sang14 signer la musique d’une publicité à RDS, par exemple. Je suis très fier et je trouve que les jeunes font une super belle job.

De là l’idée de t’impliquer avec Mont City Records?

Exactement. J’aimerais créer un genre de Death Row de Montréal pour faire entendre tous ceux qui n’ont pas de plateforme actuellement. Je pourrais rapper et gérer le label en même temps, mais je préfère être dévoué à 100% aux artistes.

As-tu des artistes signés à l’heure actuelle?

Oui, j’en ai, mais je préfère ne pas m’avancer tout de suite, car il y en a encore avec qui j’ai des pourparlers. Bientôt, je vais pouvoir annoncer quelque chose et j’ai très hâte.


La nouvelle de la semaine //

M pour Montréal, festival incontournable de l’automne dans la métropole, a dévoilé sa programmation il y a quelques jours. Plusieurs soirées hip-hop relevées attendent les festivaliers. Le 22 novembre, Rowjay, Tizzo, David Lee, Charlie Shulz, Willygram, Miro et GrandBuda croiseront le fer au Belmont, tandis que le quatuor Ragers, la chanteuse Lia et la DJ Nana Zen en feront de même à la Cinémathèque québécoise. Deux lancements d’albums seront aussi très courus : celui de Brown Family le 22 novembre au Ministère et celui de Maybe Watson le 23 novembre au Club Soda.


Le projet de la semaine //

Deux albums se démarquent : Monarque de Sadik et Purple Thang Vol. 2 de Lowpocus. Tandis que le premier montre la digne évolution d’un rappeur aux textes éclairés et au flow captivant, le deuxième donne un nouvel élan à la signature phonk caractéristique du producteur montréalais, en la saupoudrant plus généreusement de jazz, de R&B et de dirty south.


La chanson de la semaine //

Coup de cœur pour H.W.G. de ST x LIAM, pièce jazzy rap psychédélique au fond mélancolique qui permet à ST de se confier avec recul sur ses ambitions.

Mention à Delight, une belle et douce rencontre entre les producteurs montréalais Ghostnaut et Blazino, qui s’associent aux rappeurs américains Ozay Moore et Raashan Ahmad ainsi qu’à la chanteuse néo-zélandaise Moira Jean.


L’instru de la semaine //

Avec sa deuxième beat tape Wonderland, le Gatinois Nomalous confirme qu’il est l’un de nos producteurs lo-fi les plus intéressants du moment. Difficile de choisir une seule pièce, l’ensemble de l’oeuvre s’écoute d’un seul trait.


Le clip de la semaine //

Clip-événement de la semaine, la plus récente collaboration entre Roi Heenok et Alkpote cumulent plus de 300 000 vues. Filmé par Joachim Azoulay et Cokein, le clip s’articule autour de l’hydroponique et du charisme des deux rappeurs.


Les spectacles à voir //


Sans Pression

Le duo Sans Pression souligne une fois de plus le 20e anniversaire de son premier album classique. Il sera entouré de Limoilou Starz, Les Ambassadeurs, Brh et Djhiabé (Otages), Beeyoudee, Seif et MADMIC.

L’Anti (Québec)
Le 18 octobre (20h)


L’appropriation culturelle dans le rap au Québec

Une conférence qui s’annonce pour le moins pertinente dans le cadre du Tout le hood en parle Fest, qui se déroule en fin de semaine au Ausgang Plaza.

Ausgang Plaza (Montréal)
Le 20 octobre (17h)


Souldia à Rivière-du-loup

La bête de scène Souldia sera dans le bas du fleuve ce vendredi.

La P’tite Grenouille (Rivière-du-Loup)
Le 18 octobre (20h30)

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