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Rap local : Lary Kidd, reprendre le contrôle
Musique

Rap local : Lary Kidd, reprendre le contrôle

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Avec son deuxième album Surhomme, Lary Kidd reprend le contrôle de sa carrière solo.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le début de ton nouvel album, la chanson Surhomme, est tout particulièrement intense : «Une avalanche de coke cheap du fin fond de Saint-Jérôme / Quelques lignes en 20 secondes, les jeunes subissent la fin du monde / Jeune maman sur la kétamine, les seins te tombent / Misère sur les pauvres gens, le système veut faire autrement» Le but était de choquer, de saisir l’auditeur en partant?

Tout le monde me parle de ça dans les entrevues à date, et je trouve ça intéressant qu’on note cette puissance-là d’entrée de jeu. D’une certaine façon, on peut dire que, ouais, j’voulais commencer fort, mais je voulais surtout faire un portrait sombre de la drogue et de la misère humaine.

Au-delà de ces premières lignes, c’est une chanson assez éparpillée dans son message, qui met en lumière certains de tes paradoxes. Tu y dénonces notamment une certaine forme d’hypocrisie sociale.

C’est comme un espèce de gros verse très rap très «larykiddien», c’est-à-dire très cynique, plaignard et vantard, mais peut-être un peu plus réfléchi qu’à l’habitude. Ça parle de l’image que je me fais du surhomme, celui qui est tellement peiné par tout ce qu’il voit qu’il en devient lassé, gelé, engourdi. C’est pas le surhomme de Nietzsche, qui a tout saisi et qui transcende la connaissance. C’est davantage quelqu’un qui a tout vécu et qui, sans avoir tout compris, est capable de se détacher et de se placer au-dessus de tout le monde. Il finit par réussir à se foutre de tout pis à passer à autre chose. Bref, c’est un espèce d’imbécile heureux.

On peut dire que c’est un album moins sombre, moins dépressif que Contrôle, ton précédent?

La drive est pas la même. J’ai commencé l’album avec mes deux vieux potes, Ruffsound et Ajust, en disant : «Faisons un gros album de rap… Faisons un album qui ne relève pas d’un sentiment premier de moi qui a envie de mourir!» Ça donne un album que je sais pas vraiment comment classifier, mis à part que c’est un album de rap classique de 12 chansons avec plein de vibes différents. Y’a pas de gros concept, et la cohésion, elle est dans l’aspect communautaire, dans la manière qu’on l’a pensé les trois ensemble. Côté textes, c’est encore du brag rap, mais avec des passages sur les injustices sociales, tout particulièrement sur Lifestyle et Surhomme.

Est-ce qu’on peut aller jusqu’à dire que c’est un album plus lumineux?

C’est surtout plus digeste, je dirais. Le cadre est plus agréable. Quand j’ai fait mon premier album, je voulais sortir du cadre normal. Le propos était aussi lourd que la forme : y’avait des tounes d’une minute, d’autres super longues qui flippent carrément en cours de route… Là, ça se tient plus. This is just good ass rap.

Il y a quand même une chanson assez dépressive, Barcelone. C’est peut-être ta chanson la plus personnelle en carrière d’ailleurs?

Ben, y’en fallait une… Sinon, QUI SUIS-JE? (rires)

Est-ce que c’est vraiment ça? Tu t’es imposé une chanson plus morne pour qu’on reconnaisse le bon vieux Lary?

Non, pas exactement… First, quand j’ai reçu ce beat mélancolique là, je pouvais pas me mettre à parler de mon party de fête aux glissades d’eau! Le texte part d’une vraie histoire. J’étais dans un beau voyage en Europe avec ma copine. Les vins nature étaient incroyables, l’architecture était magnifique…  Mais, des fois, le matin, quand je me levais, je regardais la ville et je ressentais un vide. Comme si cette immersion de beauté me rendait mélancolique. Je sais pas exactement ce qui a créé ça, mais chaque jour où j’écrivais la chanson, je m’assurais de regarder la ville d’un même œil afin de pouvoir embrace ce sentiment de tristesse-là. J’aimais l’idée de trouver la beauté triste.

Même si ça reste un album de brag rap, on te sent un peu plus humble. Je pense notamment à la chanson de la fin, Histoires et utopies, où tu dis : «Lary Kidd, celui qui suscite aucun engouement» Que voulais-tu dire ici?

C’est un peu la chute de l’album, que j’ai conçu comme une nouvelle littéraire. Je trouvais ça fou de dire quelque chose comme ça avec un ton super vantard. C’est comme une bonne claque! Évidemment, à travers ça, y’a un rappel de mon projet précédent qui, soyons francs, n’a pas vraiment marché…

Avais-tu été déçu par cet accueil?

Je pense qu’il a juste pas été saisi complètement. Je crois aussi que, considérant son propos, y’a probablement beaucoup de gens qui l’ont aimé, mais qui ne se sont pas affichés tant que ça. Ils sont pas allés le crier sur Facebook.

D’ailleurs, contrairement à ce premier album qui avait été réalisé par VNCE Carter, tu as ici fait appel à tes collègues Ajust et Ruffsound, en plus de renouer avec Kable Beatz pour certaines pièces. Pourquoi?

C’était tout naturel. Au premier, je crois pas que j’étais prêt tant que ça à travailler avec eux. Je crois que je voulais rapper ma peine comme je le voulais. Ça aurait pas pu être le projet d’une gang de gars soudés… Mais, là, ça prenait ça. Et l’exercice a nécessité plus d’humilité. Les gars me demandaient constamment d’aller réécrire des refrains, en plus de remettre en cause l’existence de certains couplets. Mais, quand je finissais enfin par leur plaire, c’était la plus grosse récompense.

Bref, beaucoup d’apprentissage en cours de route?

Ouais. Le clash de mon approche un peu brouillon avec leur nomenclature et leurs paramètres, ça a donné de quoi de vraiment fou. Si tu laisses un artiste trop faire ce qu’il veut, ça peut donner n’importe quoi. Tu dois évoluer dans un certain cadre.

Lancements de Lary Kidd : 13 novembre, Centre d’art Le lieu (Québec) (COMPLET) et 15 novembre aux Foufounes électriques (Montréal) (COMPLET)

En supplémentaire : 6 mars, Club Soda (Montréal)

À lire également : Lary Kidd, le rappeur qui carbure au nature


La nouvelle de la semaine //

Un tout nouveau festival organisé par 3E, l’équipe derrière le Festival d’été de Québec, aura lieu en lien avec les célébrations du Nouvel An à Québec. Du 29 au 31 décembre 2019, la première édition de Toboggan se tiendra sur la place George-V et regroupera principalement des artistes hip-hop et électro. En tête d’affiche, on retrouvera nul autre que Schoolboy Q ainsi que Zedd, Lary Kidd, DVBBS et Haviah Mighty, la rappeuse torontoise qui a remporté le plus récent prix Polaris.


Le projet de la semaine //

Lary Kidd se surpasse sur Surhomme. Plus lucide et conscient que sur son premier album, l’intense et difficile d’approche Contrôle, le rappeur montréalais signe plusieurs de ses meilleures chansons en carrière (Tout va bien, Hercule, Barcelone), et prouve qu’il a l’étoffe et le talent pour s’adapter aux compositions de certains des meilleurs producteurs au Québec. À ce sujet, on doit souligner le travail exemplaire de Ruffsound et Ajust, qui proposent ici des arrangements minutieux et des structures de chansons aussi efficaces qu’astucieuses. Si certaines textes auraient gagné à être plus travaillés (Sac de sport avec Loud et Soucoupe volante avec Tizzo en tête de liste), Lary se rattrape comme d’habitude avec un flow impétueux, qui ne rate que très rarement sa cible.

Mentions à Malheureux magnifiques de ST x LIAM et Powerful Kids de Kevin Na$h, deux albums qui sont passés dans l’ombre de celui de Lary Kidd, mais qui méritent une écoute tout aussi attentionnée. Alors que le premier met de l’avant les textes humbles et éclairés de ST ainsi que les compositions aériennes de LiamLiamLiam, le deuxième nous dévoile un Kevin Na$h au flow plus mélodieux que jamais.


La chanson de la semaine //

Deux chansons se démarquent : la collaboration west coast minimaliste Cheese de Maky Lavender et JT Soul ainsi que la surprenante pièce rap soul Easy de l’Américain Kaymbo Shines avec le Montréalais Izzy-S.


L’instru de la semaine //

C’est à une compilation complète que revient cet honneur cette semaine. Pour une 10e fois, les jeunes et talentueux producteurs du label/collectif/regroupement sherbrookois Club Nuage se rassemblent pour livrer une suite de beats lo-fi très inspirés, qui empruntent notamment au jazz, au drum and bass et au cloud rap.


Le clip de la semaine //

Le réalisateur acclamé Le GED (qui vient tout juste de remporter un Félix pour La Famille d’Alaclair Ensemble) frappe un autre gros coup avec Back Off, hymne rap féministe de Laurence Nerbonne. Le clip/court métrage marque par sa mise en scène cinématographique, ses couleurs fluorescentes et son casting improbable, réunissant Guillaume Lambert, Jessica Barker et Marcel Leboeuf.

Mention à Dan & PAG qui signe une réalisation magnifique et méditative pour MA de Robert Nelson, pièce produite par Lowpocus et DJ Manifest.


Les spectacles à voir //

FouKi présente Les Fourmis = CCF19 [ouverture]

FouKi débarque au Club Soda avec son collectif Les Fourmis pour le spectacle d’ouverture de Coup de coeur francophone.

Club Soda (Montréal), 7 novembre (20h)

ST x LIAM + Franky Fade = CCF19

Le duo ST x LIAM présentera les chansons de son album Malheureux magnifiques en compagnie de Franky Fade, également durant Coup de coeur francophone.

L’Escogriffe (Montréal), 9 novembre (22h)

The Doppelgangaz

Le duo new-yorkais The Doppelgangaz sera accompagné des Montréalais Loe Pesci, DO, The Outcast, Mehdi Cee, Sqreeb et DJ White Socks pour une soirée bien remplie qui s’annonce mémorable.

Turbo Haüs (Montréal), 10 novembre (18h)

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