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Rap local : Charlie Shulz, tout le rap québ SVP
Musique

Rap local : Charlie Shulz, tout le rap québ SVP

Avec son premier album SVP, Charlie Shulz confirme sa place au sein des producteurs québécois les plus talentueux de sa génération.

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

VOIR : La dernière fois que nous nous sommes parlé, c’était en juin 2016. À ce moment-là, tu préparais un EP qui, finalement, n’est jamais sorti. Qu’est-ce qui explique cet aussi long processus de création?

Charlie Shulz : Ça a tellement pris de temps avant que j’en arrive à quelque chose de concret! À un moment donné, j’ai juste arrêté de donner ou de prévoir des dates de sortie. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a choisi de sortir l’album de façon surprise. Je voulais pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

On peut parler d’une longue période d’essais-erreurs?

La chanson la plus vieille qui se retrouve sur l’album date de l’hiver 2018, et c’est celle avec Kevin Na$h. Donc, ça a été un an et demi où j’ai vraiment évolué en tant qu’artiste. Là, c’est la première fois de ma vie que je peux réécouter mes beats et les apprécier. Pour en arriver là, ça a pris un long apprentissage. Y’a même fallu que je prenne un moment off : j’ai arrêté de faire des shows, j’ai réduit ma présence sur les réseaux sociaux… C’est là que mon son s’est construit et que l’album a pris forme.

Est-ce que tu as ressenti un peu de pression durant cette période-là? Faut dire que, dès ton arrivée sur la scène en 2015, on disait de toi que tu étais un jeune prodige…

C’est vrai que la lumière médiatique est arrivée vite. Je crois pas que ça m’a nui, mais c’était très important que je prenne un moment pour me concentrer sur ce qui est le plus important pour moi : construire une œuvre avec un son qui m’appartient.

À voir le nombre de collaborations qu’il y a sur l’album, on aurait pu s’imaginer une suite de chansons un peu trop hétéroclites, mais ton style trap très texturé fait que ça reste un album assez homogène et harmonieux. J’imagine que c’est de ça que tu parles par «un son qui m’appartient»?

Ouais. J’ai voulu construire un album comme un album, pas comme une compilation. Je voulais pas que ça devienne une playlist de best of du rap québécois. Quand j’ai contacté les rappeurs avec qui je voulais travailler, c’était important qu’on puisse tous imposer notre vision artistique. C’est ça qui donne de la vie au projet.

Quels ont été les défis de travailler avec autant de gens?

Le problème, c’est qu’en un an et demi, y’a beaucoup de trucs qui ont été jetés. Souvent, c’était à cause de l’artiste qui ne feelait plus la track. J’ai trouvé ça plate, mais en même temps, je crois que c’est normal. Je peux comprendre que les choses évoluent et que les gens changent d’avis en quelques mois. Le plus important, c’était que tout le monde soit satisfait.

Les collaborations sont aussi nombreuses que diversifiées. Ça donne des chansons qui vont dans plusieurs directions, autant un truc street avec des propos sexistes comme la chanson avec Tizzo et sa bande, qu’un truc plus philosophique avec Robert Nelson. Quelle a été ton implication au niveau des textes? Devais-tu endosser tout ce qui se dit?

Mon implication a été nulle au niveau des paroles. Ma musique a juste été une plateforme pour qu’ils puissent s’exprimer. Je trouve ça le fun de donner une vitrine à plusieurs genres de rap et, surtout, que mon album ne soit pas un album juste blanc et francophone. J’ai tout simplement invité mes coups de cœur, sans jamais chercher à les censurer (…) Mais bon, c’est sûr qu’on gagnera pas un prix féministe pour la chanson avec Tizzo…

On a appris cette semaine que tu ferais partie d’une grosse soirée hip-hop québécoise à Igloofest? Qu’est-ce que ça représente pour toi?

Ça, ça va vraiment être un gros show. Je suis allé là-bas l’an passé et, quand j’ai vu ces scènes-là, j’ai trouvé ça vraiment impressionnant. Au fond de moi, je me disais que ça serait ben l’fun de jouer là un jour, mais sans vraiment me faire d’idées… Et finalement, ça m’arrive l’année d’après!

En spectacle à M pour Montréal (avec Tizzo, Rowjay, Hologramme et bien d’autres) – 22 novembre (23h), Le Belmont (Montréal)


La nouvelle de la semaine //

La 15e édition officielle des WordUP! Battles avait lieu samedi dernier au Bain Mathieu. Au terme de cette soirée de célébrations (on y soulignait au passage les 10 ans de la ligue), c’est nul autre que Freddy Gruesum qui a remporté la ceinture face au jeune Raccoon. C’est donc la deuxième fois que Gruesum défendait avec succès son titre, lui qui avait arraché la ceinture à Franko Bucci dans un duel acrimonieux il y a quelques mois et confirmé son titre contre VK tout récemment.

Soulignons aussi au passage le plus récent tweet de Kaytranada, qui nous signifie l’arrivée proche d’un deuxième album. Lancé en 2016, son premier opus 99.9% a connu un succès considérable, faisant de lui notre porte-étendard hip-hop le plus reconnu à l’international.


Le projet de la semaine //

La Brown Family avait du pain sur la planche pour donner suite à son remarquable premier album, louangé de part et d’autre de sa sortie il y a près de quatre ans. Et le résultat est loin de décevoir. Un peu plus éparpillé dans son approche musicale (on casse l’ambiance paisible du début avec un milieu plus vif/impétueux, avant de revenir à quelque chose de plus pop à la fin), brown baby gone reste cohérent à travers ses textes qui, en abordant l’exil sous toutes ses facettes, développent une intelligente et significative portée philosophique. Sur une scène hip-hop montréalaise qui a encore cette tendance marquée de reprendre les codes trap les plus génériques du rap américain, ce deuxième album du trio familial fait preuve d’une originalité tonifiante.

Mentions à deux autres parutions très estimables : le foisonnant PPL du rappeur et producteur montréalais Jai Nitai Lotus et l’accrocheur Bando Midori 3 du rappeur lavallois Green Hypnotic.


La chanson de la semaine //

Deux pièces se démarquent : Tout est à moi icitte de David Campana et Welcome Home de Raphael Sole et Parklurker. Alors que la première nous montre un Campana plus mordant et original que jamais dans son flow et ses paroles, la deuxième nous dévoile deux rappeurs montréalais encore trop méconnus, qui posent avec fougue et ardeur sur une production implacable de Tvku.

Mention à cette trouvaille de la semaine (et peut-être même de l’année) : Rock On, pièce inédite/historique de Muzion enregistrée en 1996 et qui a resurgi sur YouTube lundi dernier.


L’instru de la semaine //

Les producteurs DoomX (de Planet Giza) et Freakey! (notamment reconnu pour son travail avec Rowjay) s’unissent sur cette courte pièce percutante et juste assez déphasée. Extrait d’un projet à venir ou simple délire d’une soirée probablement bien allumée? Plus de détails (ou pas) sous peu.


Le clip de la semaine //

Max Verville signe la réalisation du plus récent clip de Charlie Shulz, Cosmos, en collaboration avec les charismatiques Maybe Watson et FouKi. On y retrouve les trois acolytes en pleine mission dans une mise en scène futuriste au décor industriel.


Les spectacles à voir //

Koriass

Le rappeur Koriass donnera son dernier spectacle de l’année sur la Rive-Nord de Montréal.

General Sherman (Blainville), 23 novembre (21h)

Tshizimba

Le jeune et talentueux Tshizimba sera accompagné de la chanteuse R&B montréalaise Janette King et du producteur vancouvérois Teon Gibbs.

Le Ritz PDB (Montréal), 25 novembre (20h)

Maybe Watson

Maybe Watson lance son deuxième album solo Enter the Dance ce samedi. Vendou assurera la première partie.

Club Soda (Montréal), 23 novembre (22h)

 

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