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Rap local : DawaMafia, la rue comme source d'inspiration
Musique

Rap local : DawaMafia, la rue comme source d’inspiration

Formé des deux frères d’origine marocaine Zacka et Tali B, le duo brossardois DawaMafia vise haut avec son quatrième projet Cash Out.

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

VOIR : Cash Out semble être votre projet le plus abouti en carrière. La direction musicale assez sombre combinée à vos flows très mélodieux et à vos paroles assez crues forment un contraste très efficace. Est-ce que vous aviez à la base le désir de créer quelque chose de plus uniforme?

Zacka : On a essayé de rester sur un seul chemin, oui. Avant, on allait où on voulait, notamment dans des zones plus tropicales, mais là, on a choisi une couleur trap pour la plupart des chansons. On a fait affaire avec plusieurs beatmakers (notamment Ethan Hababou et Koudjo) et on a sélectionné 40 beats qui nous plaisaient. On en a finalement choisi 15.

Côté textes, qu’est-ce qui vous a inspirés?

Ce qui n’apparait pas à l’oeil nu. Tout ce que le monde ne voit pas, mais qui se passe réellement. Bref, ce que la rue cache.

Les textes sont basés directement sur votre parcours?

Ouais, surtout sur mon ancien parcours. J’ai quand même 31 ans et je me suis placé avec les années. Je viens d’ailleurs d’ouvrir un Basha sur la Grande Allée à Brossard. Mais je suis conscient que c’est mon passé qui m’a mené vers mon présent. 

Quel bilan traces-tu de ce passé?

Si tu écoutes la chanson Cash Out, qui ouvre le projet, tu vas comprendre toute notre vie, tout ce qu’on a dû faire pour avoir des billets. Ça parle d’allers-retours entre la rue et la prison, de toutes les misères qu’on a dû traverser. 

Qu’est-ce qui fait qu’on décide de tirer un trait sur cette vie-là?

La sagesse, mais surtout la musique. Il y a environ 10 ans, j’ai été incarcéré à Bordeaux pendant huit mois et, ensuite, j’ai eu plein de problèmes avec l’immigration dans l’obtention de ma citoyenneté canadienne. J’avais un couvre-feu, donc je me suis donc mis à faire de la musique, juste pour le fun. C’est là que tout a commencé.

Et pourquoi le rap précisément?

Pour l’instant, c’est ça, mais on a l’intention de toucher à plein de choses, de montrer d’autres facettes de nous. J’ai grandi en écoutant du raï et du reggae. C’est vraiment après ça que j’ai découvert 2Pac, Biggie, IAM et Booba. Bref, le rap n’est pas toute ma vie, mais pour l’instant, avant d’aller ailleurs, on doit acquérir de la notoriété.

De la notoriété auprès de qui?

Auprès de l’industrie, notamment des gros événements comme les Francos. Et aussi auprès du public. Pour l’instant, beaucoup de gens nous disent qu’ils sont surpris de certaines de nos paroles, que celles-ci les choquent parce qu’elles sont trop gangster. Mais c’est vraiment ce qu’on a vécu, donc on doit le raconter.

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Certains y voient peut-être une glorification de la rue ou du crime?

Notre message, c’est que, peu importe à quel point tu as fait du sale dans ta vie, ton but doit absolument être de sortir de ça. Si tu restes toute ta vie dans le même trou dans lequel tu as grandi, c’est que tu es une vraie merde. 

J’imagine que c’est ce que tu veux dire dans Cash Out par «si je débloque, tu me verras pu traîner autour»?

Ouais. Avant, on était des gars à problème, mais là, nos vies ont pris une autre tournure, notamment avec la musique et le resto. 

As-tu l’impression que, depuis deux ou trois ans, avec les succès de Tizzo, Souldia et cie, le public québécois est plus ouvert à entendre du rap cru, moins lisse?

La scène est beaucoup plus vaste et le rap est beaucoup moins mal perçu, ouais. Chacun a sa vibe, et beaucoup d’artistes ont une couleur différente. Ça sert à rien de faire comme tout le monde.

Et vous, qu’est-ce qui vous démarque?

Notre chimie. Avant la musique, il y a les liens de sang. Et je crois que ça s’entend.

En effet, surtout que vous écrivez vos textes à deux?

Ouais. Même qu’on prépare un album où on va constamment se relancer, une ligne chacun à la fois. Ça s’en vient au courant de l’année.

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La nouvelle de la semaine //

Trois artistes rap québécois s’illustrent en vue du gala des prix Juno, qui aura lieu le 15 mars 2020 à Saskatoon. Alors que Koriass et Loud se fraient un chemin dans la nomination de l’album francophone de l’année (aux côtés de Jean Leloup, Fred Pellerin et Les Louanges), Sarahmée voit son clip Bun Dem (réalisé  par Caraz) nommé pour le titre de vidéo de l’année, au même titre que Corridor pour Topographe et Laurence Nerbonne pour Back Off.

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Le projet de la semaine //

Sur 108B, une toute première mixtape solo qui fait suite à plusieurs singles ainsi qu’à son EP complètement halluciné avec le producteur Vincent Pryce (Southside Chronicles), DeusGod montre une fois de plus qu’il maîtrise les codes du trap psychédélique comme personne d’autre au Québec. Encore trop sous-estimé, le rappeur montréalais possède cette fois une brillante et originale carte de visite, qui a le potentiel de le révéler bien au-delà de la province.

Mention à Tell Rembobinée, projet hommage au classique En flèche de Diane Tell. Sur ce premier volet de trois initié par Philippe Gravel (alias Tiestostérone de Rednext Level) et Antony Fortin (de L’Amalgame), KNLO, Meryem Saci (Nomadic Massive) et Rami.B (Planet Giza) y vont de remix vivifiants et au goût du jour de la chanson disco pop Miami.


La chanson de la semaine //

Rencontre au sommet de la scène street rap montréalaise avec Izzy-S, Tizzo et Shreez, qui livrent l’une des premières bombes trap de l’année.

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Mention à Calamine et à Kèthé Magané (du trio Petite Papa) qui arpentent avec une candeur sympathique cette production rap funky.

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L’instru de la semaine //

Le producteur montréalais Major propose un ingénieux et envoutant remix d’Expose Me du rappeur californien Boogie.

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Le clip de la semaine //

Le talentueux Xavier MC y va d’un clip léché et très coloré pour la hip-pop Romeo du groupe montréalais Clay and Friends.

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Les spectacles à VOIR //

Alaclair Ensemble

Alaclair Ensemble, Miscellanium et DJ Manifest s’unissent pour l’un des seuls spectacles rap du Taverne Tour 2020.

Le Belmont (Montréal), 31 janvier (20h)

Jonathan Emile

Le rappeur montréalais Jonathan Emile, surtout connu pour avoir collaboré avec Kendrick Lamar, présente son premier album reggae Spaces-In-Between.

Planet Studios (Montréal), 6 février (20h)

Igloofest #7

Kaytranada revient tout casser à Igloofest, cette fois aux côtés de Sentimental Rave et de son bon ami High Klassified.

Quai Jacques-Cartier (Montréal), 1er février (19h30)

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