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Course contre la montre au Taverne Tour
Musique

Course contre la montre au Taverne Tour

Ça brassait un peu partout sur le Plateau vendredi dernier, à l’occasion du Taverne Tour. Retour sur une excursion citadine des plus essoufflantes, durant laquelle on a tenté de voir beaucoup trop de shows en pas assez de temps.

À quelques mètres du Ministère, là où nous attend la première étape de notre soirée, nous tombons nez à nez avec les gars d’Alaclair Ensemble, qui se préparent à virer su’l top pour leur spectacle au Belmont, juste à côté. «Vous commencez à quelle heure?» leur demande-t-on, afin de solidifier notre planification de la soirée.

«10 heures, je pense…» répond Eman.

«Ben non… C’est pas 10h30?» lui demande KNLO.

«Me semble que c’était 10h», rerépond Eman à son acolyte, qui ne semble plus vraiment avoir envie de s’obstiner

C’est avec cette information des plus claires que nous arrivons au Ministère vers 21h26, histoire de récupérer notre bracelet all-access et attraper un bout du spectacle de WHOOP-Szo, formation ontarienne qui ouvre pour le groupe montréalais Atsuko Chiba et les New-Yorkais de King Buffalo.

Belle découverte : on nage entre un grunge assez pesant et un rock psychédélique plutôt sombre, parfois atmosphérique, le tout rehaussé par des notes de synthés. À la guitare et au chant, Adam Sturgeon est plutôt efficace, et sa chimie vocale avec Joe Thorner (choeurs, basse) donne une couleur 60s à l’ensemble. Bref, en dépit de ses mini-films expérimentaux de qualité cégépienne projetés en arrière, voilà un bon groupe de première partie.

Direction Diving Bell Social Club vers 22h08 pour la suite de la soirée. Ouvert en 2018, cet endroit situé sur la Main se veut une salle de spectacle multimédia offrant un «espace inclusif et sécuritaire pour tout le monde». Avec ses plafonds en stucco, son éclairage rosé, ses planchers en faux bois plastifié et ses tables rondes disparates avec chaises coussinées, l’endroit a les qualités esthétiques d’un habile mélange entre un sous-sol d’église, un salon d’échangiste et un after louche sur la Plaza Saint-Hubert.

Difficile de demander mieux pour accueillir [youtube href= »https://www.youtube.com/watch?v=63W8_KovlTQ&fbclid=IwAR2XkCAGQ0dFz7kMeRYAKmuefC5mebKPdduEFk2bqbTAxCw85aGiRuNIWC0″]Maryze[/youtube], chanteuse montréalo-vancouvéroise qui fait dans un R&B minimaliste plutôt chaleureux. Une autre intéressante découverte.

Assez restreinte, la foule compense son manque de densité par une énergie et une ambition à tout casser. Cette personne incarne bien la convivialité et la fougue du parterre.

MISE À JOUR 04/02/2020 : il s’agit de l’artiste Utopia.

Chandail de l’année?

Place maintenant à Backxwash, rappeuse et productrice montréalaise dont on vous parle depuis déjà quelques mois (notamment ici et ). Son style original alliant rock, rap, noise et industriel prend forme avec vigueur sur scène, tout particulièrement sur les incisives Devil in a Moshpit et Don’t Come to the Woods. Choker au cou, rouge à lèvres noir, robe fleurie et cheveux de Cruella, Backxwash témoigne d’un charisme rafraîchissant et d’une impressionnante polyvalence, alternant entre micro, laptop et pédale de machine à fumée.

À 22h53, nous retournons coin Mont-Royal et Saint-Laurent pour affronter la foule compacte et festive du spectacle à guichets fermés d’Alaclair Ensemble.

À notre arrivée, nous sommes heureux de constater que ni Eman ni KNLO n’avaient raison concernant l’heure de départ des festivités. C’est plutôt DJ Manifest qui gère son laptop lorsque nous pénétrons l’antre humide du Belmont, terminant son DJ set avec l’indémodable Smoke Weed Everyday.

La troupe bas-canadienne s’amène et, rapidement, on comprend que tout ne tourne pas rond côté technique. Non seulement les rappeurs n’ont pas une retransmission de voix au volume équitable, mais en plus, le micro de KNLO semble carrément viré coucou. «Y’a tu quelqu’un qui a apporté un micro?» demande le principal intéressé, quelque peu désemparé.

Il obtient finalement gain de cause.

«On va pratiquer des chansons à soir», nous apprend Maybe Watson, en début de prestation. Et, effectivement, le début du spectacle ressemble à du rodage pour America vol. 2, mixtape surprise lancée à la toute fin du mois de novembre. Si l’exercice a de quoi plaire aux fans les plus fidèles du groupe (lire : moi), il est loin d’avoir la capacité de galvaniser l’ensemble de l’auditoire. Composés de beats à l’esthétique lo-fi entièrement assumée, ce plus récent projet d’Alaclair ne porte pas en lui la vigueur et la fougue des hits les plus consacrés du groupe.

En résumé, disons que le tout manque un peu d’ardeur, ce que traduit en partie cette photo.

On aurait bien aimé laisser plus de temps de glace à ce spectacle, mais malheureusement, notre horaire réglé au quart de tour ne nous laisse peu de marge de manœuvre. Apprenant par texto que le spectacle de Pale Lips au West Shefford est déjà terminé (ce que nous regrettons presque amèrement), nous attrapons le premier taxi au passage pour nous rendre dès que possible au Baptiste, où joue actuellement zouz.

«Merci à tout le monde d’avoir été là», entend-on de l’extérieur lorsque nous nous apprêtons à rentrer vers 23h58. Nous entreprenons donc un sprint à tout casser, qui nous mène à temps vers la dernière chanson du set.

À l’intérieur, ça brasse sur un pas pire temps. Et force est de constater que la température suintante et l’ambiance turbulente qui nous portent à ne pas trop nous approcher du devant du bar viennent avec leur odeur conséquente, c’est-à-dire du houblon et du déo fait maison.

Comme d’habitude, zouz honore sa réputation, agrémentant son noise rock d’un peu de math rock et de psychédélisme. On regrette tout simplement de ne pas avoir pu se délecter de cette ambiance bouillonnante avant.

La prochaine fois, on choisira peut-être un moyen plus efficace et rapide pour se déplacer de spectacle en spectacle.

Genre un hélicoptère. Ou pas.

Crédit photos : Betsy-May Smith