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Sophie Cadieux, la comédienne qui réfléchit
Musique

Sophie Cadieux, la comédienne qui réfléchit

Avec Please Thrill Me, une comédie musicale du chanteur pop montréalais Sean Nicholas Savage qu’elle met en scène, Sophie Cadieux marche en terrains inconnus. Et c’est ce qu’elle aime.

L’horaire de Sophie Cadieux est pour le moins intense dernièrement. Entre les représentations de Soifs Matériaux, qui finissent passé 23 heures à l’Espace Go, et les répétitions de Please Thrill Me, qui commencent en milieu de matinée, la comédienne a trouvé le moyen de nous accorder une petite entrevue/session photo d’une demie-heure. 

À peine arrivée dans les coulisses de La Chapelle, elle s’excuse pour son mini retard de 12 minutes. «J’ai déboulé l’escalier devant chez moi», révèle-t-elle, refusant d’associer cette chute au surmenage. «C’est juste que c’était pas bien déblayé.»

La comédienne est plutôt habituée d’avoir la tête à plusieurs endroits en même temps. En 2017, en entrevue dans nos pages, on parlait également de «son agenda qui ne désemplit pas». 

«Je suis une boulimique, mais je décroche super bien aussi. C’est juste comme ça que je fonctionne. Pour mon organisme, l’énergie amène l’énergie. La demi-mesure ne me va pas bien. J’aime l’introspection, la lecture, la réflexion, mais quand je suis dans l’action, c’est juste ça qui compte. Mon esprit roule», explique-t-elle, alors qu’on se retient de faire un parallèle entre son esprit et son corps dans les escaliers ce matin.

C’est notamment pour cette énergie et cette vaillance, mais évidemment pour sa créativité aussi, que Sean Nicholas Savage ainsi que Hubert Tanguay-Labrosse et Pascal Chénard (de la compagnie Ballet Opéra Pantomine, qui produit la pièce) sont allés frapper à sa porte dans les coulisses du Prospero, il y a environ un an. «Je suis sortie et j’ai vu ces trois garçons-là planqués devant moi», se rappelle-t-elle. 

Sophie Cadieux et Hubert Tanguay-Labrosse. Crédit : Betsy-May Smith.

Après qu’on lui ait expliqué la raison de cette venue, Sophie Cadieux a tout de suite accepté d’embarquer dans le projet. L’idée de cette comédie musicale pour le moins éclatée, et pas du tout «montée comme Grease», avait un potentiel certain aux yeux de la comédienne aguerrie, qui porte le chapeau de metteure en scène depuis près de six ans. «Y’avait quelque chose d’épeurant là-dedans. Quelque chose qui me sortait de ma zone de confort. Les artistes pop comme Sean ont une personnalité et un univers artistique déjà très forts, donc le travail que j’avais à faire, c’était pas de m’approprier sa proposition, mais plus de mettre au monde l’univers qu’il avait dans sa tête.»

Basée sur 10 nouvelles chansons de Savage, interprétées par lui et certains de ses amis musiciens (Adam Byczkowski alias Better Person, Jane Penny de TOPS, Rollie Pemberton alias Cadence Weapon) ainsi que Lulu Hughes (que Cadieux lui a fait découvrir), l’histoire de Please Thrill Me se campe dans un train de marchandises autour des personnages de Pop et Jazz, respectivement joués par Byczkowski et Savage. En pleine quête identitaire et artistique, ce dernier trouve en Pop un allié qui lui ouvrira les portes de sa ville côtière d’origine, où ils croiseront la route de plusieurs personnages hantés par «le gout irrésistible d’une vie sans frontières».

«C’est un univers mélancolique et poétique. Quand Sean m’a envoyé le texte et les chansons, il m’a aussi envoyé un texte sur devenir un papillon, tout particulièrement sur ce que ça implique de chercher son cocon pour éclore lorsqu’on est une chenille. C’est un bon exemple de sa sensibilité assez exacerbée. C’est quelqu’un qui aime le monde, mais qui le trouve hostile en même temps», analyse la metteure en scène, nous donnant au passage un bon indice de la raison qui a poussé son collègue à refuser toute demande d’entrevue en personne. «Son personnage, tout comme lui, cherche sa place dans le monde. Et ce qui est bien, c’est qu’il n’a jamais de certitudes. En fait, dès qu’il en a une, il garde en tête qu’il a peut-être tord. Et c’est cette recherche perpétuelle de sens et de vérité qui fait qu’il n’est jamais satisfait de rien. On rentre super profondément dans la psyché de ce personnage-là, qui est en quelque sorte son alter ego romantique.»

Crédit : Betsy-May Smith.

Une quête existentielle qui résonne chez Sophie Cadieux. À 42 ans, l’artiste perçoit sa constante insatisfaction comme un moteur de création. «Je suis jamais satisfaite [des oeuvres que je fais], et c’est ce qui me pousse à sortir de ma zone de confort. Pour moi, l’inconfort, ça veut dire que t’es pas mort. Le jour où on va me proposer quelque chose que je sais déjà, je vais refuser. Mais quand on me propose une comédie musicale avec Sean Nicholas Savage, j’accepte. J’ai pas trop de repères, donc je me lance.»

C’est d’ailleurs ce qui l’avait poussée à accepter sa première mise en scène (Tu iras la chercher de Guillaume Corbeil) en 2014. Six ans plus tard, elle a encore de la difficulté à accepter le titre de «metteure en scène» : «Je me vois plus comme une comédienne qui met en scène, comme une comédienne qui réfléchit. Je pars de ma sensibilité d’interprète pour me mettre dans la peau des gens devant moi. Je me rends compte de toute la sensibilité que ça leur demande d’ouvrir leurs tripes.»

Après Please Thrill Me, Sophie Cadieux remettra son chapeau de comédienne pour la reprise de 4.48 Psychose en France et en Suisse, un an et demi après son triomphe à Paris. Ensuite, c’est un tout autre projet de mise en scène qu’elle mettra à exécution. «Je reste à Montréal cet été pour rénover ma maison. Ça fait longtemps que je veux diriger ce chantier-là.»

L’occasion parfaite pour sécuriser l’escalier extérieur en vue du prochain blitz de travail intensif.

Please Thrill MeJusqu’au 1er mars à La Chapelle – Scènes contemporaines

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