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Rap local : Maky Lavender tire un trait sur son époque «douchebag»
Musique

Rap local : Maky Lavender tire un trait sur son époque «douchebag»

Maky Lavender témoigne d’une période sinueuse de sa vie sur …at least my mom loves me, un premier album qui amène un vent de fraîcheur à la scène rap montréalaise.

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

VOIR : Ton projet devait initialement sortir l’an dernier. Qu’est-ce qui explique ce délai?

Maky Lavender : On cherchait à faire une alliance avec un autre label pour tout ce qui est marketing et promo. Malheureusement, aucun de ceux qu’on a approchés n’était intéressé. Faut croire qu’il y en avait pas assez pour les impressionner… On a fini par juste dire «fuck it».

Bizarre de la part des labels, car le hype entourant l’album est assez bon. J’en étais même à me demander si tu n’avais pas un blocage créatif pour la fin de la création, étant donné que l’engouement était assez fort depuis ta collaboration avec Les Louanges…

Non, pas du tout de blocage. Personnellement, je ne les vois pas, les attentes que les gens ont de moi. J’avais l’impression que je pouvais faire ce que je voulais, car justement, personne ne m’attend vraiment. Tout est encore nouveau!

Dans un communiqué de presse, on nous présente l’album comme une aventure et on nous dit qu’«une aventure ne doit pas être basée sur le temps et la distance, mais plutôt sur les leçons apprises tout au long du voyage». Quelles leçons as-tu apprises?

Qu’il faut séparer la musique de la business. Et aussi que, peu importe le talent que tu as, ce qui compte, c’est le travail. C’est grâce aux moves que j’ai faits que mon album est intéressant. La musique reste ma première passion, mais pour me rendre là, j’ai dû assumer que j’étais un artiste. Et le processus a été assez long. La deuxième chanson de l’album, Hours, parle justement de moi qui quitte mon travail. Ça a été la première étape qui m’a mené à me concentrer sur la musique et sur qui je suis. 

C’est l’un des rares albums issus de la scène rap anglo-montréalaise à avoir une direction musicale originale, pas juste calquée sur les trap type beats américains. Qu’est-ce qui t’a guidé vers ça?

Je suis un fan de tous les genres musicaux depuis très longtemps. Très jeune, je créais des compilations sur mesure pour les gens de mon entourage et je leur gravais des CDs. Ensuite, j’ai appris les bases du DJing à mon secondaire. C’est tout mon bagage qui m’a poussé à produire un album aussi diversifié que ça. La première Harvest Moon, que j’ai composée moi-même, elle n’est pas du tout hip-hop, et je vois ça comme un statement. Sinon, j’ai aussi travaillé avec Lust, un gars qui vient du monde de la musique house, et Rami.B de Planet Giza, qui a un vibe vraiment joyeux, dancy. J’ai aussi collaboré avec plusieurs musiciens, des pianistes, des guitaristes, des chanteurs, un saxophoniste… Je voulais y aller all in!

C’est loin d’être commun, un album rap avec autant de musiciens au Québec. C’était comment de travailler avec tous ces gens, considérant la portée assez intime de tes textes?

C’était spécial par moments. Pour P.Coat, quand j’ai demandé à Sophia Bel de chanter avec moi, je me suis rendu compte que je disais des affaires vraiment fucked up. Le texte est un throwback de l’époque où j’étais un douchebag qui blâmait toujours son malheur sur les autres, en plus de faire des trucs vraiment gross… Mais, finalement, elle a adoré le son. Je crois que je le fait que suis honnête dans ma musique et que je m’assume dans ce que je suis, ça joue en ma faveur. Je crois que c’est important de parler de masculinité toxique, car c’est tellement rare qu’on se confie à nos amis entre gars. Au lieu de pleurer, on choisit d’aller turn up dans les clubs pour oublier.

Au milieu de l’album, Bloom retient l’attention. C’est une chanson plus intense avec des influences plus downtempo que hip-hop. Tu voulais marquer une scission en coupant l’album en deux?

Actually, ouais. Le début de l’album, c’est moi qui quitte ma job et qui s’en va dans les clubs. Après avoir dansé, y’a le bout un peu plus calme et introspectif, et Bloom, c’est moi qui touche le fond. Le genre de matin où tu te réveilles vraiment tôt, genre cinq heures du matin, après avoir pass out à 20h. C’est un dimanche matin gris, un peu brumeux. Juste après, c’est P.Coat, l’illusion que je me crée pour me sentir mieux. Et, avec 5 Star, c’est le moment où je me dis «fuck that», je vaux plus que ça. Finalement, y’a Air Transat Freestyle, qui me ramène sur Terre. Je me rends compte que je suis juste un gars de Montréal qui aime rapper, un être humain normal avec plein de facettes différentes. 

Et l’excellent titre, …at least my mom loves me, que symbolise-t-il à travers tout ce fil narratif? J’imagine que, durant toute cette quête vers la lumière, ta famille était le seul pilier qui t’assurait un certain équilibre?

Exactement! La pochette de l’album, d’ailleurs, c’est une photo de ma mère et de mon père. C’était un peu pour montrer que mon père aussi avait jouer un rôle dans tout ça. Je me rends compte à quel point on a un parcours qui se ressemble, lui et moi. Et je crois que beaucoup de gens vont s’identifier à tout mon cheminement. C’est tout simplement l’histoire de quelqu’un qui grandit.

…at least my mom loves me (Ghost Club Records) – disponible dès le 29 février

Maky Lavender’s Album Release Party – Ausgang Plaza (Montréal), 18 mars (18h)

En spectacle avec Les Louanges (COMPLET) – MTelus (Montréal), 4 avril (19h)


La nouvelle de la semaine //

Après avoir galvanisé les fans de rock et de rap des années 1990 en annonçant la venue de Rage Against the Machine, le Festival d’été de Québec (FEQ) a dévoilé la (presque) totalité de sa programmation 2020. Encore une fois, le rap québécois réussit à s’imposer ici et là dans le festival, tout particulièrement au parc de la Francophonie, où joueront notamment 5sang14, Sarahmée, Lary Kidd, Alaclair Ensemble et FouKi le 18 juillet prochain. Vendou, LaF et Miro font également partie de cette 53e édition du FEQ.


Le projet de la semaine //

Soulignons le travail de YH sur Cagoule Nwar, un opus beaucoup plus efficace et concis que sa première mixtape Aujourd’hui ou jamais, parue en 2018. Si le rappeur peine à renouveler ses textes qui, tout comme ceux de la plupart des autres chefs de file du street rap montréalais, restent bien en surface, il réussit à capter notre attention tout au long des huit pistes avec son attitude intraitable. Sur Je pars demain, le rappeur nous prend même par surprise avec un texte un peu plus intime, qui démontre que, bien tranquillement, l’humain prend le dessus sur le personnage.

Mention à f02/wr du producteur montréalais jiai, un enchaînement de cinq courtes pistes lo-fi aux teintes groovy et/ou brumeuses.


La chanson de la semaine //

L’auteur-compositeur-interprète Michael Haze, tout juste signé sous Make It Rain Records, signe une sublime entrée en matière avec Cancer, chanson R&B aux arrangements sobres et grandioses, rehaussée par la présence du rappeur nigérien Obie Iyoha.

Mentionnons aussi HADO.000, l’excellente mise en bouche du premier projet collaboratif entre le producteur jamvvis et le rappeur DO, The Outcast, deux artistes montréalais à la créativité impressionnante.


L’instru de la semaine //

Deux pièces s’illustrent : la pesante Silence Your Ego du beatmaker montréalais Franck Kash et l’envoûtante Morning du Lévisien l’aube.


Le clip de la semaine //

Vincent RC signe une autre réalisation de haut vol avec Rouge neige, rencontre franco-québécoise entre Souldia, Sinik et Seth Gueko.


Les spectacles à VOIR //

Lancement de mon 1er album – Angle Mort @Montréal – PC

PC, le protégé de Manu Militari, présentera les pièces de son premier album Angle Mort dans le cadre de ce lancement.

Théâtre Plaza (Montréal), 28 février (21h)

Alaclair Ensemble (Nouvelle Date)

Alaclair Ensemble sera sur la Rive-Nord de Montréal pour ce spectacle intime, initialement prévu en décembre dernier.

General Sherman (Blainville), 29 février (21h)

Nuit Blanche à Montréal – Karnival 2020 avec Poirier

Pour une 11e année, Poirier viendra faire vibrer les planches du Club Soda, histoire de réchauffer  ceux qui oseront braver le froid durant la Nuit blanche de ce samedi.

Club Soda (Montréal), 29 février (23h45)


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