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Rosie Valland : «L'écriture n'est plus là pour me sauver»
Musique

Rosie Valland : «L’écriture n’est plus là pour me sauver»

Rosie Valland troque l’amertume contre l’empathie sur Blue, un deuxième album qu’elle coréalise avec son fidèle allié Jesse Mac Cormack.

C’est une Rosie Valland souriante et enjouée qu’on rejoint dans un bar du Mile-Ex un lundi midi aussi ensoleillé qu’elle semble l’être. Ce matin, elle est partie de chez elle, un village en bordure de Rigaud qu’elle désire tenir secret, spécialement pour venir nous rencontrer et, tant qu’à y être, aussi pour régler des dossiers aux bureaux de Secret City Records, sa toute nouvelle étiquette.

La Granbyenne d’origine, qui a habité Montréal durant une bonne partie de sa vingtaine, file le parfait bonheur, et son exode rural y est pour quelque chose. «Ça fait deux ans et demi que je suis en campagne. Mon copain a acheté une maison là-bas. J’ai mon studio, mon jardin, mes poules… J’adore ça!» assure-t-elle. «Je suis pas partie de la ville pour la fuir, mais plus pour construire autre chose. C’est pas le genre de move que j’aurais été prête à faire y’a une couple d’années, mais tranquillement, mon mode de vie s’est adouci.»

Les grands espaces auxquels elle est quotidiennement confrontée l’ont portée à créer d’une manière plus libre, plus détachée. Et, dans ce cas-ci, l’espace a une incidence directe sur le temps. «Le studio que j’ai actuellement est aussi grand que mon ancien appart à Montréal. Ça fait que je suis moins broche-à-foin et que je prends plus mon temps pour créer et faire mes maquettes.»

Crédit : Didier Charette

Entamé en 2017, juste après la sortie de Synchro, l’un des deux EPs qu’elle a enregistrés depuis la sortie de son premier album, Blue est marqué par une volonté de renouveler son approche musicale dans la foulée de son exil, mais aussi de la fin de son contrat avec l’étiquette Duprince. «La seule raison d’exister de cet album-là, c’était parce que je voulais le faire. Y’avait pas un label qui attendait quelque chose. Je me suis donné les outils pour que ça sonne comme je voulais, avec des arrangements de cordes [signés Blaise Borboën-Léon]. Et, après ça, j’ai approché un nouveau label.»

En résulte un album moins tourmenté que Partir avant, opus essentiellement basé sur la fin abrupte d’une relation amoureuse triangulaire. Pour en arriver là, elle a dû puiser son inspiration ailleurs que dans le malheur. Un exercice qui est loin d’avoir été facile : «Avant d’écrire, j’ai travaillé sur moi. Quand tu vas pas bien, comme c’était le cas sur Partir avant, tu es très égoïste, non pas par choix, mais par survie. Tu es totalement centrée sur tes bobos. Là, j’allais bien, donc pour la première fois, j’ai pris conscience de ce que je faisais.»

Chaos, le deuxième extrait de l’album, incarne bien le dilemme qui a habité un instant l’autrice-compositrice-interprète. «Je me suis demandé si j’allais faire comme j’avais toujours fait et mettre le chaos dans tout ce que j’ai pour être capable d’écrire ou si, au contraire, j’allais puiser ailleurs. C’est là que je me suis mise à regarder les autres, ma famille, mes amis, et à explorer des thèmes qui sont pas directement reliés à moi. Ça donne un album plus empathique, plus paisible. L’écriture n’est plus là pour me sauver, mais elle devient un métier. C’est plus artisanal [que thérapeutique] comme processus.»

De là ces mots tout simples qui résument habilement l’état de la chanteuse sur Chaos : «Moi je ne reviens jamais / À ce que j’étais avant / À ce que j’étais hier»

De là aussi cette couleur qui donne à l’album son titre et sa teinte générale, c’est-à-dire quelque chose qui évoque la douceur et la sérénité. Puis, au passage, un clin d’oeil à un ami surnommé Blue, à qui la pièce-titre est dédiée. «J’ai beau te dire / Tu brilles fort / Et incarnes le feu pour plusieurs / Tu pleures», lui dit-elle, tentant comme elle peut de le consoler.

Une seule pièce rappelle la Rosie foncièrement amère et mélancolique d’hier, celle qui aurait dû partir avant : Sinon. «L’amour, c’est bien, mais quand c’est loin de mes reins», y chante-t-elle, nous confiant que son ex l’haït et que ses amants se sont enfuis de son lit. «C’est une chanson qui arrive juste une fois dans une vie, une chanson très poignante dont je me fais parler beaucoup en show. Je voulais lui donner une meilleure vie», explique-t-elle, à propos de cette pièce discrètement parue sur sa page Bandcamp en 2016.

De l’«ancienne» Rosie, il reste également cette voix fragile, qu’on devine très sensible mais qui apparait toutefois moins plaintive qu’avant. Une voix qui rend justice au décor nostalgique des compositions, en grande partie inspirées par la vibrante pop rock radiophonique des années 1990, autant celle de Céline Dion (époque D’eux) que d’Oasis ou des Smashing Pumpkins (pensez plus à Tonight Tonight que Bullet with Butterfly Wings). «J’ai redécouvert toute la richesse de la musique de ces années-là», relate Valland, qui l’a d’abord entendue sur la banquette arrière de la voiture de ses parents quand elle était toute jeune. «C’est une époque où la pop était très mélodieuse, mais avec des arrangements très alternatifs. Ça me touche plus que la pop synthétique de maintenant.»

Crédit : Didier Charette

Appuyée par son fidèle complice Jesse Mac Cormack aux arrangements et à la réalisation, Rosie Valland a filtré ses influences pour en arriver à une signature musicale pop brumeuse, bien ancrée dans la tradition Secret City Records grâce à ses arrangements épurés aux racines folk.

Bref, une alliance on ne peut plus naturelle entre l’artiste montréalaise et l’étiquette qui a notamment Patrick Watson, Leif Vollebekk et les Barr Brothers sous son aile. «Leur signature et leur philosophie me touchent vraiment. C’est pour ça que j’étais aussi fière quand j’ai signé avec eux. Ça m’a ramenée à l’adolescente que j’étais et qui espérait secrètement un jour [de joindre leurs rangs].»

Rosie Valland ne revient peut-être jamais à celle qu’elle était avant, mais elle en garde assurément la résilience et les ambitions.

Blue – disponible dès maintenant

Lancement – le 9 avril au Ministère (Montréal)

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