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Gab Roy: faudrait en revenir, de la haine

 

Image tirée du film Bloody Blow de Rémy Couture.
Image tirée du film Bloody Blow de Rémy Couture.

Ce qu’il a écrit, dans un élan difficilement qualifiable sans avoir sondé son âme, est inacceptable.  Inacceptable pour Marilou Wolfe, et inacceptable pour toutes les femmes.

Est-ce que, juridiquement, son texte aurait pu se qualifier d’acte criminel? Peut-être.

Menace de causer des lésions, puisque la Cour suprême a qualifié de menace de lésions psychologique la menace de viol, mais encore aurait-il fallu prouver que son intention précise était de faire peur à Marilou Wolfe, ce qui, avec respect, n’aurait pas réussi.

Diffamation (au sens criminel, pas au sens d’une atteinte civile à la réputation) peut-être, mais encore aurait-il fallu que son intention de saloper l’image de Marilou Wolfe soit prouvée.  Encore une fois, je suis loin d’être convaincue que cette intention aurait pu être prouvée hors de tout doute raisonnable devant un tribunal.

Propagande haineuse contre les femmes? Non.  La propagande haineuse, pour être criminelle, doit être dirigée vers un groupe ethnique, religieux, ou contre les homosexuels.

Je note d’ailleurs qu’il ne semble pas y avoir de poursuite contre Gab Roy.  Et en matière criminelle, même sans une plainte de la personne concernée, il peut y avoir accusation.  Or, il n’y en a pas.

Voilà pour l’aspect juridique.  C’est un blogue juridique après tout.

Personnellement, ce qui m’a fait le plus freaker dans la foulée de ce qu’il convient désormais d’appeler «l’affaire Gab Roy», ce sont les réactions de ses supporters qui refusaient de voir dans son texte la description d’une agression sexuelle.  D’autant plus que lui-même reconnaissait que les gestes décrits relevaient de l’agression sexuelle.  J’ai déjà expliqué pourquoi dans ces pages.  Le danger, dans un texte aussi sexuellement violent, c’est de prôner, même sans le vouloir, cette culture du viol omnipotente.

Maintenant qu’on a dit, et qu’on lui a dit, que son texte était inacceptable, maintenant qu’il l’a retiré et s’est excusé, est-ce qu’on peut en revenir? Son texte était dégueulasse, mais est-ce que le comportement du gars, passé, présent et futur, est à tout jamais impardonnable?  Est-ce qu’on doit vraiment mettre le gars aux ordures?

Mike Ward a déjà fait une blague sur Cédrika Provencher.

Guillaume Wagner a déjà fait une blague sur le corps sexué que Marie-Élaine Thibert.

Inacceptable dans les deux cas.

Est-ce que Mike Ward est un tueur de petite fille? Guillaume Wagner un fomenteur tout acabit de haine contre les femmes?

On a le droit de ne pas aimer, on a le droit de dénoncer, mais est-on justifié de pourfendre le gars jusqu’à ce qu’il croule sous nos cailloux, ensanglanté, à moitié mort?  Est-on justifié de s’en prendre à l’équipe de Tout le monde en parle qui lui a donné une tribune, alors même que, franchement, personne n’a été ni complaisant, ni compatissant avec lui.  Disons-le, il s’est fait vertement engueuler. Non contents, on en veut tout de même à l’émission et à ses animateurs de l’avoir invité.

Et je ne parle pas de poser des questions sur la pertinence de sa présence, comme l’a fait France Beaudoin, posément, par une question toute simple «pourquoi l’avoir invité».  La réponse qu’elle a reçue, d’ailleurs, fut tout aussi sensée.  Ça ressemblait à «bien des gens aime ce qu’il fait, on veut comprendre».

Patrick Lagacé, il y a quelques instants, publiait un article sur Gab Roy tout ce qu’il y a de plus nuancé.  Pourquoi Gab Roy n’a pas semblé dénoncer l’odieux personnage, raciste et misogyne, qu’il a interviewé, parce qu’il «n’a pas le coffre à outils pour le faire».  Gab Roy n’est pas journaliste, pas interviewer.  Même s’il était patent qu’il n’endossait pas les propos du monstre, il l’a contredit mollement.  Par manque de compétence en cette matière, et non parce qu’il est lui-même un monstre.

Bref, on peut être contre.  Contre le texte à la base du scandale, évidemment.  Contre Gab Roy.  Contre le Voir qui lui donne une tribune.  Contre Tout le monde en parle qui l’invite.  On a le droit, théoriquement, d’être contre.

Mais il ne faut pas sombrer dans l’abime du délire, et c’est en ce sens que je me dis «Non mais, revenons-en».  On en est venu à comparer Gab Roy à Bertrand Cantat et à Guy Turcotte.  Franchement, c’est là manquer non seulement de mesure mais de respect envers les mères de femmes et d’enfants assassinés.

Ce délire est tributaire d’une haine qui nous empêche de jauger la mesure des choses.

Je pense vraiment qu’il faut en revenir.  Du gars j’entends.  Pas de la misogynie.  Et pour l’instant, on n’a pas de «preuve au dossier» que le gars est misogyne.  Que voulez-vous, je travaille avec de la preuve, pas avec des indices.  Peut-on écrire un texte comme le sien sans être misogyne?  Oui.  Je travaille au quotidien avec des gens qui commettent des crimes sans être des criminels.  J’ai foi dans le repentir.  Et j’ai le pardon facile, j’en conviens.  Ce qui ne veut pas dire que je cautionne les gestes.

post scriptum :  Je reste au Voir.  Malgré le trouble.