Manger des films dans Charlevoix
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Manger des films dans Charlevoix

« Je suis tellement heureux d’être ici que mon sourire ne disparaît plus de mon visage ! ». Il n’y a pas de doute, Christian Bégin était content d’être à Baie-Saint-Paul en cette fin de semaine de novembre, pour le lancement de Cuisine, Cinéma & Confidences dont il était le porte-parole. Ce festival, événement hybride mêlant des projections de films et docus à des dégustations et soupers gastronomiques, c’est une idée de la productrice Lucie Tremblay et du chef Jean Soulard : en moins de six mois, le duo improbable a mis sur pieds la première édition de Cuisine, Cinéma & Confidences, qui s’est tenu du 3 au 5 novembre à Baie-Saint-Paul.

Pourquoi le choix de la région de Charlevoix pour accueillir ce festival ? « Ma famille vient de là, c’est un lieu qui m’habite. J’ai décidé de quitter Montréal pour venir installer ma maison de production à Baie-Saint-Paul, pour revenir aux sources, confie Lucie Tremblay. Je voulais un projet pour m’ancrer dans la communauté. Jean Soulard est aussi installé à Baie-Saint-Paul… Et Charlevoix, ça a été les premiers à défendre les produits du terroir. Tous ces ingrédients ensemble ont fait que le choix de la région s’est fait de façon naturelle. » Un choix évident pour un festival de cuisine que celui de Charlevoix, première région à créer une Route des saveurs. À Baie-Saint-Paul, presque toutes les terres cultivées, qu’on longe en roulant sur la 138, sont certifiées bio.

Films cultes

Côté cinéma, Lucie Tremblay avait opté pour une « programmation facile » pour cette première édition. « J’ai choisi des films cultes. Ils ont tous une démarche et une signature cinématographiques, chacun dans leur créneau. » Le festival s’est ouvert sur The Lunchbox : « c’est une fiction qui nous permet de voyager, tout en montrant ce que c’est que de cuisiner pour les autres, de partager… Et j’aimais l’idée de voir ces belles saveurs et couleurs de l’Inde en ce mois de novembre gris. »Exit le popcorn, la projection s’est accompagnée d’un souper indien servi dans d’authentiques boîtes importées directement de Bombay. Exotique et gourmand.

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Reconstitution de la chambre d’Alexandre le Bienheureux

Au programme également, Alexandre le Bienheureux, film français d’Yves Robert de 1968, Chef de John Favreau, le célèbre dessin animé de Brad Bird Ratatouille… « On y parle de chefs, de cuisine, de restaurants… On voulait présenter un éventail de films et documentaires, tout en invitant des producteurs locaux avec différents profils ainsi que des réalisateurs pour permettre de poursuivre l’expérience soit par des dégustations soit par des échanges. »

Suite à la projection d’Alexandre le Bienheureux, joli fantasme pastoral qui fait l’éloge de la paresse et du besoin de prendre son temps, une rencontre a suivi avec Jean Leblond, du Jardin des Chefs. Un pionnier, qui a quitté sa carrière à la capitale pour partir dans Charlevoix comme maraîcher dans la petite production. L’entrepreneur, décrivant le travail de la terre comme une forme de nirvana, a souligné l’importance de la transmission des connaissances et surtout de l’amour pour sauver l’agriculture de qualité.

Reconstituer le Festin de Babette

Du côté des documentaires, on a pu voir Le pain d’habitant de Bernard Gosselin et Léo Plamondon, Pour la suite du monde de Michel Brault et Pierre Perrault, Grand Cru de David Eng, qui suit le poète montréalais Pascal Marchand dans son vignoble bourguignon, et La Ferme et son état, de Marc Séguin. Le peintre et romancier – joliment décrit par Christian Bégin comme « un homme de la Renaissance » qui s’intéresse à tout – était d’ailleurs sur place pour rencontrer le public. « On est partenaire du système par l’alimentation plus que par le vote. En achetant, on fait un pacte social alimentaire », ont conclu les producteurs de la région présents dans le panel de discussion qui a suivi.

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Certaines projections étaient accompagnées d’activités culinaires pour faire résonner les films, comme l’atelier sur le thé qui a suivi Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase. Car qui n’a jamais salivé devant un film sur la bouffe, rêvant de déguster les mets à l’écran ? Le clou de cette fin de semaine, c’était sans conteste le repas gastronomique du samedi soir, reconstitution du fameux souper du Festin de Babette cuisiné par quatre chefs invités. Les chefs Jean Soulard et Eric Lessard ont également donné un atelier culinaire pour permettre aux festivaliers de mettre la main à la pâte, tandis que les vignerons Fred Tremblay (Camy) et Pascal Marchant ont animé un atelier sur les vins du Québec.

Le temps de digérer les repas, une librairie gourmande accueillait les visiteurs, entre une « lecture aphrodisiaque », une visite de la reconstitution de la chambre d’Alexandre le Bienheureux et un encan silencieux d’œuvres pour soutenir le festival. Malgré les tarifs un peu élevés des repas (de 85 à 150$), limitant le public, on salue l’initiative de célébrer la gastronomie et le cinéma dans un festival qui sort de Montréal. Le dilemme, c’était de choisir quel film allait voir, et de choisir de passer l’après-midi dans les salles obscures plutôt que d’aller profiter de la superbe campagne charlevoisienne. Cuisine, Cinéma & Confidences a rassemblé près de 450 personnes à ses projections, tandis que l’hôtel partenaire Le Germain affichait complet. Et la deuxième édition du festival serait déjà sur les rails…

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©Marie Pâris

 

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