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Rap local : DeusGod hors des sentiers battus du rap
Musique

Rap local : DeusGod hors des sentiers battus du rap

Le rappeur montréalais DeusGod fait preuve d’une grande originalité sur 108B, une première mixtape solo qui raconte une bonne partie de sa vie.

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

Ton projet précédent Southside Chronicles, en duo avec Vincent Pryce, était teinté par la mort d’amis proches. Tu y parlais aussi de tes problèmes de consommation. Là, avec 108B, j’ai l’impression que le ton est plus léger. Vois-tu cette mixtape comme l’antithèse de la prédécente?

Pas vraiment, non. J’essaie simplement de garder mes oeuvres d’art pertinentes en fonction de ce qui m’arrive au quotidien. En 2018-2019, j’ai perdu beaucoup de gens. Il y en a certains que je connaissais mieux que d’autres, mais dans tous les cas, ça a été un sentiment douloureux. J’ai donc utilisé la musique et l’alcool pour faire sortir ces émotions. Maintenant, avec 108B, j’ai davantage voulu faire honneur à mes origines, autant BSD (Brossard) que GPK (Greenfield Park). C’est essentiellement une chronologie de ma vie. Donc, il y a encore la touche de réalité brute, mais dans l’ensemble, oui, c’est une écoute plus légère… En fait, surtout la première partie.

Pourquoi avoir divisé la mixtape en deux parties?

Le côté A, c’est un son jeune et optimiste parce que c’était les vibrations que je ressentais quand j’ai grandi. Fêtes à la maison, filles, alcool… Mais le côté B est ce côté brut, agressif, de type street. C’était l’ambiance quand j’ai vieilli et que j’ai commencé à faire de la merde criminelle, à me battre, à voler…. Chaque chanson de cette cassette représente une humeur de DeusGod. Donc, il vous suffit de mettre ces humeurs en ordre.

Vincent Pryce avait assuré la production de tout le précédent EP et avait privilégié des teintes assez sombres. Là, c’est un peu plus bigarré : c’est relativement trap, mais il y a un peu d’influences reggae et rap psychédélique, et c’est assez expérimental et chaotique par moments. Comment as-tu abordé la direction musicale?

Mes deux genres préférés sont le reggae des années 1980 et le rap de Memphis des années 1990 (berceau du trap). Peu importe ce que je fais, vous entendrez toujours ces éléments dans ma musique parce que c’est tout ce que j’écoute, mis à part la musique de mes amis. Mais je n’essayais pas d’être expérimental : je voulais juste montrer aux gens ce qui est bon, leur dévoiler mon vrai style. Donc, techniquement je n’avais pas d’approche cette fois, c’était tout simplement naturel.

Tu dis «Klanada» et «EmptyHell» au lieu de Canada et Montréal (MTL). Et, dans tes clips, tu mets souvent de l’avant la fleur de lys québécoise à l’envers, qui semble d’ailleurs être devenue ton logo. Quel est le but derrière cette réappropriation des noms et des symboles nationaux?

Très bonne question. Tout ça vient de plusieurs choses. Le concept de Klanada est une idée d’une très bonne amie, Amanda, au moment où plusieurs amis et connaissances ont décidé de quitter la province après que certains politiciens soient entrés au pouvoir. Tous ensemble, les derniers survivants, nous formions un clan dans ce «Klanada». Nous nous regroupions souvent dans un local commercial qui, peu à peu, s’est retrouvé à moitié vide. Donc, au moment où tout le monde s’est mis à dire «MTHell», on a plutôt choisi de dire «EmptyHell». Pour ce qui est du logo, c’est une façon de représenter notre communauté anglophone. Au début, quand nous avons posé des autocollants partout, les gens pensaient que nous étions un parti politique anti-séparatiste ou anti-Québec. Un gars sur Twitter pensait même que nous étions un groupe raciste! J’aime que les gens se forgent une opinion avant de connaître la réalité.

Ton genre musical est assez champ gauche, très bizarre. Te sens tu à part de la scène rap d’ici?

Je ne pense pas être bizarre ou trop à gauche, mais oui, je me sens vraiment en dehors du reste de la scène. Ce que j’ai remarqué ici, c’est que beaucoup de rappeurs pensent qu’ils sont habiles, mais ils ne font que copier un artiste américain dans l’espoir que les gens ne l’aient pas encore connu. La plupart des rappeurs d’ici imitent un artiste américain de 2020 qu’on peut facilement identifier. En ce sens, on peut dire que j’ai une originalité qui me maintient dans le champ gauche du rap. Je pense que cette nouvelle mixtape montre que je pourrais très bien faire tout ce que les autres font, mais que je préfère rester sur le terrain et rester moi-même plutôt que de marcher dans le studio et d’essayer d’être la prochaine sensation.

Tu es membre depuis quelques années de la Thug Mansion Family, collectif initié par Nate Husser. On vous a vus quelques fois sur scène, mais votre page Soundcloud ne comporte que trois chansons. Est-ce que vous préparez quelque chose ensemble?

Nous avons quelques pistes en banque. Des vrais bangers pour être honnête. Nous avons également reçu beaucoup de demandes pour un EP conjoint de Huss et moi. Le temps nous le dira.


La nouvelle de la semaine //

Après Loco Locass, Samian, Koriass, Dead Obies, Webster, Alaclair Ensemble et Loud, au tour de Sarahmée d’être invitée à Tout le monde en parle. Elle profite de cette vitrine à titre de porte-parole pour le Mois de l’histoire des Noirs. La Québéco-Sénégalaise devient ainsi la première rappeuse de l’histoire du Québec à visiter le plateau télé de Guy A. Lepage.


Le projet de la semaine //

Deux projets se démarquent : Cash Out du duo brossardois DawaMafia et Valkyrie du producteur montréalo-lavallois The Blackedge. Alors que le premier marque à la fois par ses textes rudes et ses mélodies accrocheuses, fruit d’une remarquable complicité entre les deux rappeurs frangins, le deuxième rayonne par ses compositions enveloppantes à saveur de soul et de jazz.


La chanson de la semaine //

Accumulant les singles et les clips depuis deux ans, Brandon Doret fait un très grand pas en avant avec Get It & Go, une brillante collaboration avec Kris the $pirit (de The Posterz). Le contraste entre le flow vigoureux de Doret et celui plus posé de $pirit s’avère tout particulièrement mémorable.

Mention à 412, collaboration trap déphasée de Le ICE et Moto, deux collègues du collectif Canicule qui se retrouvent ici appuyés par Shreez.


L’instru de la semaine //

L’éminent producteur montréalais Slumgod donne un aperçu de sa beat tape Keep It Movin (Vol.2) avec Geeked Up & Confused, pièce trap/phonk aux lueurs oniriques composée avec Lowpocus.


Le clip de la semaine //

Andres Anton signe un clip simple, mais fignolé à souhait pour No Smoke, chanson du Lavallois Green Hypnotic tiré de son plus récent projet Bando Midori 3.


Les spectacles à VOIR //

Gidimt’en camp fundraiser #2

Les rappeuses Hua Li et Backxwash se joignent au rappeur trans Kyng Rose (fka Lucas Charlie Rose) afin de recueillir des fonds pour soutenir le camp Gidimt’en, l’un des cinq clans de la nation Wet’suwet’en, qui proteste actuellement contre l’implantation du gazoduc Coastal Link en Colombie-Britannique.

Casa del Popolo (Montréal), 7 février (21h)

Soirée Hip-hop Pepsi

FouKi et Alaclair Ensemble ouvrent les festivités du Carnaval de Québec.

Palais de Bonhomme – Zone Loto-Québec (Québec), 7 février (18h)

Lancement de la 24e édition des Francouvertes

Le septuor jazzy rap O.G.B, grand gagnant des Francouvertes 2019, donnera une courte prestation dans le cadre du lancement de la 24e édition. Les porte-parole Laurence Nerbonne et Émile Bilodeau seront également de la partie.

Lion d’or (Montréal), 10 février (17h)

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