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Rap local : les grandes responsabilités de Sarahmée
Musique

Rap local : les grandes responsabilités de Sarahmée

Près d’un an après la sortie d’Irréversible, Sarahmée s’offre une carte blanche dans le cadre d’Umami, une série de spectacles présentée par les Francouvertes.

Chaque semaine, cette chronique met en lumière l’oeuvre des rappeurs et des producteurs québécois les plus intéressants du moment. Au programme : entrevue, bons coups de la semaine et aperçu des prochains spectacles à voir.

Entrevue //

VOIR : Irréversible aura bientôt un an. La réception de l’album a été assez timide à sa sortie, mais au fil des mois, j’ai l’impression que l’engouement a constamment augmenté pour culminer jusqu’à ton invitation sur le plateau de Tout le monde en parle dimanche dernier. Partages-tu cette impression?

Sarahmée : Oui et tant mieux, car je ne me suis jamais senti dépassé par les événements. J’ai eu le temps d’apprécier chaque seconde et de continuer de rêver. Je me rappelle qu’à l’automne dernier, je me disais que ça serait cool d’aller à TLMEP. Et là, voilà, ça arrive! Juste avant ça, il m’était arrivé la même chose avec mes prestations à la Saint-Jean et au Gala de l’ADISQ.

Ton spectacle en soutien à Irréversible commence à être bien rodé, car tu l’as présenté un peu partout au Québec dans les derniers mois. Vois-tu la carte blanche de vendredi comme l’apogée de cette tournée?

Le spectacle est vraiment plus structuré [qu’à ses débuts] et je m’approprie vraiment plus la scène. Au début, quand l’album est sorti, on a fait des shows sur le fly, un peu au feeling, mais là, c’est totalement différent : il y a des projections, des chorégraphies plus poussées, une mise en scène vraiment plus dosée.

Tu seras notamment accompagnée par Miro et Léonie Gray, deux artistes aux racines soul/R&B. Comment as-tu procédé pour le choix de tes invité.e.s?

J’aurais pu faire un line-up de rap, mais mon but était de diversifier la soirée, d’attirer d’autres publics. J’y suis donc allée avec des coups de cœur très récents comme Miro. Je l’ai rencontré dans un camp d’écriture à Paris l’an dernier et, tout de suite, ça a cliqué. Léonie Gray, ça fait longtemps que j’entends parler d’elle. On se côtoie dans la même équipe de management depuis un an, mais là, on a vraiment connecté. Elle a une voix extraordinaire qui me rappelle la belle chaleur de la vague UK des Amy Winehouse et Adele.  Il y aura aussi Lily Hilaire et Citron Rose, deux de mes danseuses qui vont se faire plaisir avec un numéro spécial. Et il y a Tizzo aussi qui va venir faire son tour!

Ce spectacle tombe à point en ce Mois de l’histoire des Noirs, pour lequel tu es coporte-parole. Est-ce que ce rôle vient avec un certain stress? Implique-t-il de grandes responsabilités?

Je ressens une grande responsabilité sur ce que je communique, oui. Quand on m’interviewe à ce sujet, j’aborde souvent des trucs personnels sur mon vécu, des situations qui, même si elles sont propres à moi, peuvent résonner chez d’autres personnes. J’ai vécu en Afrique durant mon enfance et, ce qui est assez spécial, c’est qu’on ne m’apprenait pas l’histoire du Sénégal, mais bien celle de la France. Avec l’âge, tu te rends compte de toutes ces choses et tu désires davantage connaître ton identité. Dans mon cas, cette identité est mixte, entre l’Afrique et le Québec. Je crois que ça peut rejoindre beaucoup de gens.

Ce Mois existe principalement pour qu’on reconnaisse l’importance de la culture noire dans notre histoire. À mon avis, s’il y a bien un endroit où la culture noire est forte au Québec, c’est bien dans le rap. Crois-tu que cette culture est assez bien représentée dans nos médias?

Pas du tout. Oui, il y a plein d’artistes noirs dans le rap. Ce n’est vraiment pas le nombre, le problème! Le problème, c’est que les médias prennent toujours ce qui les arrange et que, souvent, ce qui les arrange, ce sont les cinq mêmes artistes. Si vous voulez parler de rap, parlez de tous les genres de rap et arrêtez de mettre de côté les artistes street.

As-tu l’impression que ces artistes street sont mis de côté car la culture gangsta rap ne résonne pas autant au Québec qu’aux États-Unis? Peut-être que les médias jugent que le grand public n’a pas d’affinités avec ce genre de rap…

C’est sûr que, si on choisit de toujours mettre les mêmes visages, le grand public ne verra jamais les Izzy-S, Souldia et autres. Je trouve ça déplorable qu’il n’y ait pas plus de diversité. Et je ne parle pas juste des médias, je parle aussi des festivals. Tranquillement, par contre, les programmateurs se rendent compte qu’ils ne peuvent plus éviter les artistes street, qui sont toujours très populaires. Ils ne peuvent pas à jamais ignorer ce que les gens écoutent.

Tu es nommée comme artiste francophone de l’année au prochain Gala Dynastie contre Dramatik, Obia le chef et Lost. Quelle importance attribues-tu à ce gala?

C’est un gala qui permet de souligner les artisans de la communauté noire, ceux qui font beaucoup de choses, mais qui ne sont pas nécessairement invités dans les gros galas de la province. Bref, leur travail a une portée beaucoup plus grande que ce qu’on voit. Je trouve ça super comme initiative. L’an passé, j’étais nommée dans la même catégorie et j’ai adoré l’ambiance du gala. C’était plein à craquer! Tout ce qu’on leur souhaite à l’avenir, c’est que la soirée soit télévisée.

Une date avec Sarahmée | série Umami – Maison de la culture Maisonneuve (Montréal), 14 février (20h)

Gala Dynastie – Théatre Maisonneuve (Montréal), 1er mars (19h30)


La nouvelle de la semaine //

Les Francouvertes ont dévoilé mardi les participants de leur 24e édition. Marqué par la victoire de deux artistes hip-hop en autant d’années (LaF en 2018 et O.G.B en 2019), le concours-vitrine pourrait encore une fois consacrer le rap, car trois artistes se retrouvent parmi la liste des 21  sélectionnés. Il s’agit de Vendou (membre de L’Amalgame, hypeman de FouKi), dope.gng (duo aux influences trap et emo) et Petite Papa (trio notamment formé de la jeune rappeuse Calamine et du vétéran Sam Faye). Ces trois projets seront en vedette lors de la quatrième soirée du concours, c’est-à-dire le 9 mars au cabaret du Lion d’or. Marie-Gold (participante de l’an dernier) viendra interpréter quelques-unes de ses nouvelles chansons au tout début de la soirée.


Le projet de la semaine //

Slumgod revient avec la suite de Keep It Movin’, mémorable beat tape parue en novembre 2017. Sans complètement délaisser les influences trap qui ont marqué l’esthétique du premier volume, le producteur montréalais se permet davantage d’explorations rythmiques et ouvre ses horizons à des mélodies plus organiques et chaleureuses, faisant ainsi un habile lien avec l’univers sonore plus brut de sa toute première et excellente parution lo-fi Shitty sounds – Good times, publié il y a déjà quatre ans.

Mention à une autre beat tape estimable : VI de Tchobis. Sur cette sixième collection de pistes instrumentales, initialement parue l’année dernière sur Soundcloud et publiée à nouveau sur Bandcamp cette semaine, le beatmaker montréalais s’immisce dans différents univers sonores (funk, soul, jazz) avec aisance.


La chanson de la semaine //

Deux chansons s’illustrent cette semaine, à commencer par Bloom de Maky Lavender. Sur cette pièce hip-hop/downtempo très prenante, produite par Lust, le rappeur montréalais livre un texte fort en émotions, dans lequel il se confie avec beaucoup de sensibilité sur ses états d’âme les plus sombres.

Hommage au fameux militaire québéco-américain Léo Major, la plus récente chanson d’Original Gros Bonnet (fka O.G.B) épate par sa charpente épurée et ses arrangements simplifiés, qui permettent aux flows posés de Franky Fade et Davinci Claude de résonner avec éclat.

Enfin, petite mention à la très prometteuse Waves d’Emma Beko, moitié du duo rap/R&B Heartstreets.


L’instru de la semaine //

Xixool et Grandhuit, deux beatmakers du collectif franco-québécois Tour de manège, s’unissent sur Return, pièce jazzy envoûtante tirée de la compilation The Big Payback vol​.​6: Black Market de l’étiquette londonienne Millennium Jazz Music.


Le clip de la semaine //

Bloom de Maky Lavender se démarque également dans cette catégorie grâce à la réalisation  inspirée et socialement puissante d’Alexandre Pelletier, qui illustre avec originalité les sombres dessous du show-business.

Mention au travail de Zachary Bouchard pour cette incursion dans les coulisses de la création du plus récent album de LaF, Citadelle.


Les spectacles à VOIR //

Montréal Loves Dilla 2020

Les DJs/producteurs Toast Dawg, Sev Dee, Magnanimous, Manifest, Manzo et Ephiks se regroupent une fois de plus pour l’événement annuel Montreal Loves Dilla, dans lequel ils rendent hommage à J Dilla, regretté producteur hip-hop américain. KenLo Craqnuques, Shash’U et Vlooper y seront également en tant qu’invités d’honneur.

Ausgang Plaza (Montréal), 15 février (20h)

Fin de soirée Hip-hop

Le Phoque Off (festival-vitrine ayant lieu en marge de RIDEAU à Québec) présente une fin de soirée hip-hop avec David Saysum, Marie-Gold, Vincent Biliwald, Ragers et FLIX.

Le D’Auteuil (Québec), 18 février (22h30)

Kone

Le rappeur Kone présente les chansons de son plus récent EP Redbird (une collaboration avec le producteur Beau Geste) pour une première fois sur scène. La chanteuse Xela Edna et le rappeur Cozyy Floww seront aussi de la partie.

Quai des brumes (Montréal), 20 février (21h)


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