Blogue de Normand Baillargeon Normand Baillargeon RSS

Je suis professeur à l'UQAM. Ma spécialité est la philosophie de l'éducation. J'ai écrit quelques livres sur différents sujets qui m'intéressent, dont celui-là, mais aussi quelques autres.

Les désarrois du professeur Feynman

2 février 2015 · éducation, Normand Baillargeon · Normand Baillargeon
13

Le texte qui suit est de Richard Feynman (1918-1988), un personnage hors du commun. Je me suis à amusé à le traduire tant je le trouve savoureux  et je partage donc. J’espère ne pas avoir commis d’erreur en traduisant — je ne suis pas physicien; vous me corrigerez. Mais d’un point de vue éducationnel, c’est bien intéressant Feynman a été un des plus éminents physiciens du XX ème siècle, en même temps qu’un des plus grands professeurs de physique. Il était aussi un bon musicien amateur et un remarquable conteur. Ses principaux travaux, en physique, ont porté sur l’électrodynamique quantique et lui ont valu le Prix Nobel en 1965. Pour tous les physiciens, son nom reste également attaché aux célèbres «Diagrammes de Feynman» qu’il a inventés pour décrire et analyser plus facilement les interactions entre particules. Touche-à-tout de génie, Feynman a aussi décrypté des hiéroglyphes Maya et, à la fin de sa vie, a contribué de manière spectaculaire à la commission d’enquête chargée d’élucider l’explosion de la navette Challenger. On raconte que les derniers mots de cet homme que tant de choses passionnaient ont été : «Je détesterais devoir mourir deux fois. C’est tellement ennuyant!». Feynman, on l’a dit, a [...]

Lire le billet →

Qui voudrait vivre sans amis?/ Sur la pièce: Les Trois Mousquetaires

29 janvier 2015 · Création, Normand Baillargeon, Scène · Normand Baillargeon
4

[Ce texte a été publié dans le livret pédagogique de la version théâtrale des Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas, présentée à Montréal à l'automne 2014 par le Théâtre Denise-Pelletier.] Dans Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas (1802-1870), un écrivain français qui laisse un œuvre réellement immense, raconte les aventures d’un homme qui a bel et bien existé, mais qu’il a réinventé pour en faire un personnage de roman, Charles de Batz-Castelmore, comte d’Artagnan (vers 1611-1673). Ses aventures sont aussi celles de trois mousquetaires qui sont, eux, entièrement  imaginés.   Dès le début de l’histoire, ces quatre hommes deviennent des amis et ils le resteront toute leur vie, comme on l’apprend dans les autres livres que leur consacrera Dumas.  Un philosophe de l’Antiquité appelé Aristote était persuadé que personne ne voudrait vivre sans ami, même, ajoutait-il, en étant comblé de tous les autres biens. Et comme l’adolescence est une période durant laquelle les amis ont une si grande importance, je pense que la plupart d’entre vous serez sans doute d’accord avec Aristote.  Celui-ci pensait aussi que si le désir d’avoir des amis vient rapidement, les amis, eux, arrivent bien moins vite. Cela, vous l’avez peut-être déjà découvert, vous aussi. C’est [...]

Lire le billet →

Sur la liberté d’expression

21 janvier 2015 · Normand Baillargeon, Politique, Société · Normand Baillargeon
44

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué. *** Un texte général sur la liberté d’expression écrit pour une journaliste, en 750 mots. J’ignore comment ça a été utilisé. *** La liberté d’expression est un principe conquis de haute lutte en Occident, un principe pour lequel des gens se sont battus, pour lequel beaucoup ont souffert et pour lequel certains sont morts. Je viens d’écrire au passé, mais, hélas, tout cela peut être dit au présent et pour aujourd’hui. Par exemple, ce jour, vendredi, en Arabie saoudite, Raïf Badawi, qui a utilisé sa liberté d’expression, sera sans doute sorti de la prison où il croupit depuis juin 2012 pour recevoir 50 coups de fouets, comme il l’a été vendredi dernier et comme il le sera 20 vendredis de suite. En France — faut-il le rappeler ? — 17 personnes sont mortes dans deux boucheries qui visaient des journalistes et des caricaturistes qui ont utilisé leur liberté d’expression. Ce précieux principe est à la fois philosophique, politique et juridique et il donne lieu, dans les souvent imprévisibles détails dévoilés par [...]

Lire le billet →

Portrait de Bernard Maris par Normand Baillargeon (1998)

9 janvier 2015 · Normand Baillargeon, Politique · Normand Baillargeon
3

Oncle Bernard chez les requins (Le Devoir, 6 juillet 1998) In Memoriam, et avec amitié. Baillargeon, Normand Je n’aurais manqué pour rien au monde une rencontre avec Bernard Maris, lauréat d’un prix de meilleur économiste de France en 1995. Je l’aurais parié: il est tout à fait à l’image que je m’étais faite de lui, à fréquenter ses écrits depuis de années. Drôle, iconoclaste, engagé, passionné de culture et de littérature, Maris est un oiseau rare dans le monde austère et froid des économistes. Pour faire le portrait de cet oiseau, on ne peint surtout pas une cage, fût-ce avec une porte ouverte: on le laisse virevolter, à son gré. Résultats étonnants et bonheurs garantis. Auteur de savants ouvrages d’économie, Maris vous parlera ainsi longuement et passionnément de littérature. Il y a deux ans, il a même publié un premier roman, qui a été fort bien accueilli: Pertinentes questions morales et sexuelles dans le Dakota du Nord. Il s’apprête à en publier un deuxième et le troisième est déjà en chantier, qui nous ramènera au Cambridge des années 30 et aura Keynes comme personnage principal. Maris explique ses incursions dans la littérature: «Le roman donne un degré de liberté supplémentaire dans l’expression, un degré de [...]

Lire le billet →

Conseils de table d’Emmanuel Kant (1724-1804)

30 novembre 2014 · Normand Baillargeon · Normand Baillargeon
3

Ce matin à Dessine-moi un dimanche, j’ai fait un petit billet sur les conseils de table de Kant, un austère philosophe des Lumières qui aimait dîner en compagnie d’amis. Pour ceux et celles que ça intéresserait, voici ces conseils de Kant. Ils se trouvent dans son : Anthropologie du point de vue pragmatique, I ère partie, III, paragraphe 88. Les voici, en résumé: Il est souhaitable de ne pas manger seul : les repas pris en compagnie sont une manifestation de notre véritable humanité raffinée. Le nombre de convives est important. Outre l’hôte, on devrait retrouver à table pas moins de convives que les grâces (3) et pas plus que les muses (9) : 4 à 10 personnes est donc selon Kant un idéal à viser. Écouter de la musique à table (cette mode commençait à se répandre..) est une monstruosité de mauvais goût, dit-il. Le repas est un moment de conversation, il devrait procurer ce plaisir de la compagnie mutuelle, tout autant que le plaisir de manger. À une table bien garnie où on mange longtemps, la conversation devrait passer par trois moments. Celui du récit, où on donne et prend des nouvelles des convives et de leurs [...]

Lire le billet →

Démantèlement des soins de santé : la juste colère de Raymond Tallis

27 novembre 2014 · Normand Baillargeon, Politique, Société · Normand Baillargeon
3

Raymond Tallis est un fort intéressant philosophe anglais que je lis depuis des années, doublé d’un médecin. En fait, en parallèle à son travail de philosophe, M. Tallis a enseigné et pratiqué la médecine durant plusieurs décennies — avant de récemment prendre sa retraite. Vous pouvez m’en croire : je n’ai jamais perçu ce philosophe comme un militant et encore moins un militant radical. Il en est pourtant récemment devenu un : il fait désormais du piquetage, distribue des dépliants, scande des slogans, participe à des manifestations et tout le reste, y compris l’écriture d’un livre. Ce qui a provoqué tout cela? M. Tallis a constaté qu’on est en train de démanteler et de privatiser le réseau public de santé anglais, qui faisait la fierté de la population et la sienne. Pour mieux dire : il a constaté qu’on est en train de le démanteler contre la volonté de la population et en usant de mensonges, en donnant de l’argent public à des entreprises privées, le tout avec la scandaleuse collaboration de élus. M. Tallis a expliqué tous ses griefs dans un ouvrage dont il est un des auteurs (Raymond Tallis et Jacky Davis, NHS SOS: How the NHS Was Betrayed – and [...]

Lire le billet →

Mon programme de la rentrée 2014

18 août 2014 · Normand Baillargeon · Normand Baillargeon
4

C’est la rentrée. Si cela vous intéresse, voici ce qui m’attend. Pour commencer, reprise de la chronique philosophie, à Radio-Canada, durant l’émission de Franco Nuovo réalisée par Jean Gagnon, Dessine-moi un dimanche. Cette année je serai en solo. En alternance, je ferai un sujet d’actualité traité par le biais de la philosophie, une chronique sceptique et une chronique éthique pratique. Je continuerai à signer la rubrique Essai de la revue Le Libraire. Je sortirai deux livres à titre d’auteur : Chronique des années molles, chez Léméac; et : Une histoire philosophique de la pédagogie, chez Poètes de Brousse. Paraît aussi, Théorie et pratique du bolchévisme, de Bertrand Russell (Éd. Du Croquant, en France) présenté et annoté par Jean Bricmont et moi, sur une traduction substantiellement revue et corrigée. J’ai collaboré à trois ouvrages qui sortent cet automne : un collectif sur la laïcité (PUO), un ouvrage sur l’économie (éditeur oublié…) et un collectif dirigé par Gabriel Nadeau-Dubois sur la gratuité de l’université. La version anglaise du collectif sur le hockey que j’avais dirigé aux PUL avec mon ami Christian Boissinot sort aux PUO sous le titre, je pense : Coach’s corner. La version portugaise de Liliane est au lycée devrait [...]

Lire le billet →

Un peu d’aide pour les mathophobes

15 août 2014 · éducation, Normand Baillargeon · Normand Baillargeon
5

[La version intégrale de ce texte paraîtra dans le prochain numéro de la revue À Bâbord, dans laquelle je tiens depuis 11 ans une chronique sur l'éducation. La revue vit en grande partie de ses abonnements: si ça vous tente de nous appuyer et de recevoir les 5 numéros de l'année (le premier dossier porte sur le réchauffement climatique et j'ai eu ke plaisir de le diriger avec Isabelle Duchesne), c'est ici.] *** J’étais alors en proie à la mathématique. Temps sombre! enfant ému du frisson poétique, Pauvre oiseau qui heurtais du crâne mes barreaux, On me livrait tout vif aux chiffres, noirs bourreaux; On me faisait de force ingurgiter l’algèbre. Victor Hugo Comment se fait-il qu’il y ait des gens qui ne comprennent pas les mathématiques ? Henri Poincaré     Le biologiste Richard Dawkins note quelque part que si, dans nos sociétés, à peu près personne ne dit volontiers ignorer la littérature, il est pourtant socialement acceptable de dire son incompétence en sciences et qu’il est même bien vu de la proclamer avec fierté [...]

Lire le billet →

Les hussardes (Enseigner au préscolaire)

26 juillet 2014 · éducation, Normand Baillargeon · Normand Baillargeon
13

(Cet article paraît dans le plus récent numéro de la revue québécoise Préscolaire. J’ai été très heureux de répondre à cette commande de texte.) Depuis un quart de siècle, je travaille à former des enseignantes et des enseignant.e.s au préscolaire, au primaire et au secondaire. Ce que je me suis efforcé de leur transmettre provient de la discipline que je pratique, la philosophie de l’éducation. C’est une discipline méconnue, mais que je considère très importante puisqu’on y pose des questions incontournables (et passionnantes!) : qu’est-ce au juste que l’éducation, par exemple? Et encore : L’État doit-il, ou non, s’occuper d’éducation? Pourquoi et comment, le cas échéant? Que signifient précisément des concepts comme « intérêt», «expérience», «apprendre», «découverte» et de nombreux autres, qui sont abondamment utilisés, mais trop souvent sans qu’on réfléchisse sérieusement à ce qu’ils désignent. En 25 ans, on a amplement le temps de tirer des enseignements de sa pratique — d’autant qu’on a bénéficié d’innombrables discussions avec des milliers de personnes. Dans ce texte, sur un ton très personnel que j’espère vous me permettrez d’adopter, je voudrais partager avec vous quelques idées auxquelles je suis très attaché. Elle portent sur trois choses: la signification de cette tâche — enseigner au préscolaire; [...]

Lire le billet →

Une expérience de pensée (Préface au roman: Contoyen)

23 mai 2014 · Création, Livres, Normand Baillargeon · Normand Baillargeon

[Ce texte est la préface à Contoyen, roman de l'auteur français Philippe Deschemin. Il le présente ici. Je l'ai beaucoup aimé. Je n'ai pas souvent l'occasion d'écrire des textes qui m'éloignent de mes travaux habituels et en particulier des textes qui m'amènent du côté de la littérature. Comme j'aime beaucoup la littérature (et en  particulier la poésie), c'est une situation que je regrette. C'est pourquoi je tends à répondre positivement quand on me propose quelque chose en ce sens, ce qui me force à m'y mettre. Prochain texte de ce genre: un article sur les Trois mousquetaires et l'amitié pour une revue de théâtre. Ai hâte de m'y mettre!] Notre espoir est un oiseau. Gilbert Langevin Un roman réussi — comme l’est justement celui-ci — présente de remarquables similitudes avec ce que les philosophes appellent des «expériences de pensée».  Comme elles, en effet, un tel roman est un efficace dispositif permettant de mentalement moduler les paramétrages de diverses variables — appelons-les, si vous voulez, des variables indépendantes — afin de découvrir ce qu’il advient, selon les différents cas de figure imaginés, de certaines autres variables — appelons celle-là [...]

Lire le billet →
Page 1 sur 1712345678910...17

S’abonner au blogue

@nb58

+ @nb58 →