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On emballe 2014: La langue rapaillée, idées cadeaux et coups de cœur

2014 en tendances culturelles… à remiser

No 1: Faire du bruit

De Saint-Lambert au troisième étage de l’immeuble abritant le Divan Orange en passant par Les BobardsLe Pantoum à Québec (qui ferme ses portes l’été pour éviter des plaintes) et malheureusement plusieurs autres, le bruit aura été un problème qui, à défaut d’être récent, a étonnamment résonné en 2014.

«Étonnamment», car il est quand même surprenant que de grands centres se targuant d’être des incubateurs culturels (du moins, à en croire les mots des maires retrouvés dans les premières pages de moult programmes d’événements musicaux) et profitant d’une manne touristique liée à des incontournables, comme Osheaga et le FEQ, entretiennent un certain flou dans leur relation avec les petits lieux de diffusion – là où les Lisa LeBlancPatrick Watson et autres exports fort appréciés se cassent tout d’abord les dents.

Bien que des arrondissements épaulent tant bien que mal ces bars et espaces – qui ne montrent pas toujours patte blanche, avouons-le –, les premiers citoyens, eux, restent discrets. C’est peut-être moins glamour – voire nostalgique, diront les plus cyniques – qu’un éventuel retour de la LNH à Québec ou de la LMB sur l’île, mais ça demeure une «ressource naturelle» aussi culturelle que potentiellement lucrative.

Bref, en 2015, on se souhaite moins de bruit et de distorsions entre les maires et les petits lieux de diffusion, et plus… d’accords harmonieux (OK, j’arrête).

No 2: Étiqueter à outrance

Second phénomène pas si récent, mais qui est tout de même à souligner cette année: la place prise par une certaine «relève».

Bien que les étiquettes «émergent» ou «alternatif» ne conviennent pas exactement aux Sœurs Boulay (disque d’or cette année pour leur œuvre Le poids des confettis, quand même!), à Klô Pelgag (révélation de l’année à l’ADISQ et tabac en France) et aux autres Alex Nevsky (trois Félix, succès radio et collaboration avec des artistes grand public comme Brigitte Boisjoli), on constate tout de même que ces artistes se distinguent en livrant de la pop tantôt folk, tantôt baroque, mais toujours intéressante et, surtout, décomplexée; susceptible d’intéresser autant NRJ que CHYZ, le site Ma mère était hipsterLa Presse ou Le Journal de Québec, voire le GAMIQ et l’ADISQ.

Loin de moi l’idée de saluer «l’audace» de ces médias et vitrines, toutefois. Bien au contraire!

Cette place, cette «relève» l’a surtout gagnée en proposant une pop audacieuse, davantage en phase avec son époque qu’une quelconque québécitude (sans toutefois renier cette dernière). D’où, j’imagine, l’intérêt de congénères «mieux positionnés» allant de la tempête Marie-Mai (qui s’est associée à Boogat) à la nouvelle venue Valérie Carpentier (son album paru l’an dernier est bardé d’invités de choix) en passant par la vétérante Isabelle Boulay (qui a confié la réalisation de son hommage à Reggiani à Philippe B… nouvellement recruté à titre de mentor à La Voix, d’ailleurs).

En 2015, on délaisse donc les étiquettes «émergent», «populaire» et compagnie pour revenir à la base: c’est bon ou pas.

Désolé, Kaïn!

No 3: Être (trop) rapide

Bien que tolérées jusqu’à un certain degré, on espère que l’ignorance et la bêtise prendront le bord en 2015 lorsqu’on se penchera sur le culturel.

Sans blague, lancer des questions creuses à la «Louis-Jean Cormier à #LaVoix? C’est qui ça?», «Le Voir, ça existe toujours?» ou encore le classique «Who the fuck are Arcade Fire?» sur les réseaux sociaux témoigne davantage d’un esprit de bottine, voire d’une inquiétante paresse à googler, que d’un potentiel pour une carrière d’humoriste incisif. Non seulement retrouve-t-on presque tout désormais sur le web pour se faire l’oreille, mais les cultures de niche y vont également de leurs propres écrits pour se dévoiler au grand public.

Alors qu’une histoire succincte du métal par une plume du Québec aurait été un projet sympathique, la volonté d’aborder celle-ci dans un contexte local tient de l’exploit. Après des années de gestation, c’est en 2014 qu’on a finalement eu droit à un premier tome – du moins, on espère que c’est le premier d’une série – de L’évolution du métal québécois. No Speed Limit (1964-1989), une brique signée par Félix B. Desfossés et Ian Campbell.

Les Dead Obies (encore eux!) ont également surpris avec Montréal $ud, le livre. En plus de confirmer tout le travail – et la réflexion – derrière le fameux LP, le bouquin témoigne des multiples cultures se retrouvant dans les strophes du collectif. Bien qu’on pourrait tout d’abord s’étonner qu’un projet aussi «récent» publie déjà un ouvrage répertoriant ses influences, l’inverse s’avère être une situation malheureusement plus inquiétante: plusieurs musiciens locaux n’arriveraient pas à noircir les mêmes pages tant leur proposition artistique demeure frugale.

Alors, l’année prochaine, on se promet que les mélomanes feront leurs recherches avant de commenter. De l’autre côté de la scène, toutefois, on invite les artistes à réfléchir davantage avant d’opter pour un énième «disque de la maturité».

Ça vous va?

Mon année culturelle en cinq temps…

Meilleur film visionné

Come Worry With Us, un documentaire sur Thee Silver Mt. Zion finalement projeté en salle cet été. Beau et désarmant par ses images et son contenu.

Meilleur concert auquel j’ai assisté

Peut-être était-ce en raison du mélange «médicaments contre le rhume et bières» ou encore de l’énergie aussi festive que brutale du public, mais la prestation que Solids a donnée au Bar Ritz PDB lors de POP Montréal m’est longtemps demeurée en mémoire… et en ecchymoses, faut dire.

Trois albums qui ont rayé disque et iPod

Fontarabie de Fontarabie: une musique qui hante, doublée d’un projet audacieux.

Magnum de Katerine: pour citer le collègue Joël Martel, «un des plus fabuleux doigts d’honneur possiblement imaginable à l’attention d’une industrie sclérosée et tristement redondante».

Transgender Dysphoria Blues d’Against Me!: un sujet toujours tabou qui est ici gueulé et affublé de mélodies mi-Ian MacKaye, mi-Springsteen. Un beau morceau de bravoure!